L’épidémie bouleverse les commerces LGBT : quels impacts ?

Fermetures et confinement. Avec l’épidémie de coronavirus, en Normandie, comme partout ailleurs, les commerces LGBT baissent leur rideau.

Commerces LGBT
(photo de Jose Fontano d’Unsplash)

En quelques jours, la propagation du Covid-19 a bouleversé notre vie quotidienne mais aussi celles des commerces LGBT. Le samedi 14 mars au soir les bars et restaurants ferment. Trois jours plus tard, le confinement s’impose à tous. Les conséquences sociales, humaines et économiques sont élevées. Avec une crainte : ne pas pouvoir réouvrir à la sortie du confinement.

Commerces LGBT

La Normandie concentre 20 établissements et commerces LGBT. Tous sont fermés. Comment s’en sortent-ils ?

Gayviking a interrogé des commerçants et notamment Gregg. Il est propriétaire du bar gay Le Milk à Rouen. Sa situation illustre assez bien ce que les commerces de la région vivent.

Le Milk fermé gay
(Le bar Le Milk à Rouen)

Gregg, ainsi qu’Antoine, son compagnon, sont en bonne santé. Et c’est déjà bien… « Nous essayons de rester positifs et de vivre ce confinement de manière détachée. Nous en profitons pour nous ressourcer et nous occuper de notre maison » rassure Gregg.

Problèmes de trésorerie

Le confinement et la fermeture des établissements est un coup dur pour toutes les entreprises. Les commerces doivent puiser dans leur trésorerie. « Il y a des factures incompressibles pour les commerces de ce genre : loyers, charges, remboursements de prêts,… » nous explique Gregg. Et d’ajouter « Quand il n’y a pas de chiffre d’affaires, c’est forcement compliqué. »

Pour le moment, le Milk n’est pas en danger mais la situation ne doit pas durer trop longtemps.

Les aides de l’Etat

A la suite du confinement, le Gouvernement a annoncé une série de mesures notamment sur les charges sociales.

Face à cette situation, Gregg précise que « La majorité des aides de l’Etat ne sont que des reports de charges ou des prêts à taux faibles qu’il faudra de toute façon rembourser« . Plus la situation va durer, plus le coût sera important.

Assureur LGBT
(photo de Clem Onojeghuo d’Unsplash)

Mais le bar rouennais semble confiant : « J’ai pris toutes les dispositions pour que le bar garde une santé financière pendant la fermeture imposée. Seul le temps nous le dira. »

Les assureurs lâchent les commerces

La grosse colère chez les commerçants concerne les assurances. Ils sont nombreux à avoir souscrit des assurances perte de chiffre d’affaires en cas de grave problème.

Or, à ce jour, aucune assurance ne déclenche le plan prévu dans les contrats. Les compagnies d’assurance refusent de compenser les pertes de chiffre d’affaires.

Le patron du Milk ne comprend pas : « Le terme « pandémie » n’y est pas inscrit alors même qu’il s’agit bien d’une catastrophe naturelle. C’est une situation totalement improbable et incompréhensible quand on sait combien coute ce genre d’assurance et le caractère urgent de la situation ».

La colère des commerçants

Beaucoup de commerces comptait sur cette assurance pour sortir la tête de l’eau.

fermeture
(photo de Barthelemy de Mazenod d’Unsplash)

D’autres établissements sont dans le même cas. Le sauna Le Rive Droite près de Rouen ne décolère pas : « Cette assurance doit normalement nous aider à passer les moments difficiles (problème technique, incendie, catastrophe naturelle…). On nous répond que ce risque n’est pas pris en compte dans notre contrat ». Et d’ajouter sur sa page facebook : « C’est dans les moments difficiles que l’on s’aperçoit sur qui l’on peut compter. Et les échéances pertes d’exploitation continues à tomber même s’il n’y a plus d’exploitation ! »

Pour le patron du Milk « C’est une véritable honte de se cacher de la sorte derrière un contrat alors même que la situation est exceptionnelle. »

Des aides pour les petites entreprises

De son côté, l’Etat a mis en place un fonds de solidarité national avec sa Loi d’urgence économique votée au Parlement il y a quelques jours. Ce fonds représente 1,2 milliard d’euros pour le seul mois de mars.

Une première aide, jusqu’à 1.500 euros mensuels, sera versée aux petites entreprises dès le mois d’avril puis plus tard 2000 euros. Pour la percevoir, les entreprises doivent avoir subi une perte de chiffre d’affaires de 50% par rapport à mars 2019.

Ces aides sont essentiels pour les petites entreprises. Néanmoins, son défaut est d’exclure celles qui n’existaient pas en mars 2019.

Aides de l'Etat pour les commerces
(Photo modifiée de Matthew Waring d’Unsplash)

Au-delà de cette aide de trésorerie, d’autres dispositifs sont mis en place : report des charges sociales et fiscales, remises d’impôts directs, rééchelonnement des crédits bancaires, des prêts de trésorerie garantis par l’État…

Pour Gregg le patron du Milk : « Le gouvernement et les banques semblent parer à l’essentiel pour le moment dans ce cas d’urgence spécifique. Je pense que cela suffira pour maintenir à flot la plupart des sociétés. Même s’il faudra rembourser, c’est plutôt l’après qui m’inquiètes. »

Préparer la réouverture

La plupart des commerces LGBT ne semblent pas anxieux. Beaucoup sont fatalistes. La fin du confinement est attendu avec impatience. Mais chacun espère que les clients répondront présents à la réouverture. Car l’essentiel est là. Dans un premier, l’Etat permet la survie des commerces mais c’est surtout le public qui devra les sauver à la fin.

On peut espérer sereinement ce grand retour…

Comme avec les associations LGBT, les commerces communautaires sont attentionnés et solidaires. Même si tous les établissements ne le font pas, les réseaux sociaux permettent aux commerces de communiquer avec leur public.

Contacts avec les clients

Sur le réseau facebook, le Sauna Le Rive Droite a proposé d’offrir des gants sanitaires. « C’est pas grand choses mais j’ai 5 boites de gants à usage unique. Si ça peut dépanner des gens pour leur activité ( médecin , infirmier … Pompier ou policier… commerçant en activité ) »

En Normandie, beaucoup de commerces LGBT communiquent sur cette étrange période.

Pour un samedi soir, le Milk a proposé un set musical sur les réseaux sociaux…

La discothèque le Freedom à Cherbourg joue avec ses flyers pour faire patienter ses clients. La Chambre d’hôtes Le Temps au Temps nous fait découvrir son jardin fleuri.

Freedom Club Cherbourg
(flyer du Freedom Club à Cherbourg)

Dans l’Orne à Flers, la discothèque le Why Not, est prête à faire la fête : « Prenez soin de vous en cette période particulière. … la réouverture, ce sera de la folie. » Tout comme la discothèque gay le Phoenix à Caen qui en profite pour annoncer ses projets et échanger avec ses clients sur son club.

Reprendre le cours de nos vies…

Gregg et Antoine ont hâte de rouvrir et de faire la fête : « Cela nous manque forcément. Nous espérons avoir bientôt une date de fin de confinement pour reprendre notre travail et laisser toute cette période anxiogène derrière nous ».

« J’espère que tout le monde est en bonne santé et que le confinement n’est pas trop difficile à supporter. Je pense en particulier à ceux qui se retrouvent seuls. » nous dit Gregg.

Bar Gay le Milk
(Gregg et Antoine du bar Le Milk)

Et de conclure : « Nous sommes également de tout cœur avec ceux qui sont « au front » aussi bien dans les services hospitaliers, en magasins, en livraisons, aux service des déchets et tout ceux en général qui contribuent à faire en sorte que notre confinement ne soit pas aussi pénible. Un grand MERCI à eux ! »

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