Le samedi 30 juin avait lieu la Marche des Fiertés, la Pride de Paris. Organisée par la fédération associative l’Inter-LGBT (lesbienne, gay, bisexuel.le, Transgenre), la manifestation a rassemblé 500.000 personnes dans les rues de la Capitale selon les organisateurs.
Une particularité cette année : une contre manif s’est positionnée devant le cortège. Retour sur cet évènement, récit et photos…
C’est sous un soleil de plomb que la manifestation s’est élancée de la place de la Concorde jusqu’à la place de la République où un concert s’est tenu jusqu’en soirée. Le cortège était composé de 87 organisations. L’inter-LGBT, l’organisateur, avait choisi comme slogan : « les discriminations au tapis, dans le sport, comme dans nos vies ! ». Ce mot d’ordre fait notamment référence aux Gay Games, ces « jeux olympiques » version LGBT-friendly qui auront lieu au mois d’août à Paris. Le sport est souvent le terrain de la banalisation des LGBTphobies. Les associations LGBT sportives étaient les premières à défiler sur la marche.
Une marche sportive
Néanmoins, chaque association avait ses propres revendications. La procréation médicalement assistée (PMA) pour toutes les femmes revenait le plus souvent dans le cortège (voir les photos plus bas, 2ième série).
L’Inter-LGBT avait choisi son mot d’ordre sur le sport, un slogan contesté. Néanmoins sous ce chapeau générique les revendications étaient nombreuses comme tous les participant.e.s. Son dossier de presse liste les revendications : PMA, asile, accessibilité, filiation, inclusivité, dépénalisation universelle, audétermination pour les transgenres, accès aux soins, prévention…
Mais toutes les associations ne se sont pas adossées au slogan de l’inter-lgbt comme les associations Aides ou Act Up. Résultat, ces deux associations ont été reléguées à la fin du cortège. Un signal particulièrement mal venu de l’organisateur quand on connaît l’histoire et la contribution importante de ces deux associations auprès de la communauté LGBT. L’association Act Up en a profité pour dénoncer la présence commerciale des sponsors sous un communiqué : « Le fric devant, le sida derrière ».
Des uniformes à la Pride
Le congrès de l’Association Européenne des Policiers LGBT se tenait à Paris cette année. Les policiers LGBT des différents pays ont pu défiler, sous leur drapeau (voir photos plus bas). Néanmoins, l’association LGBT Flag, a dénoncé le refus du ministère de l’intérieur de les autoriser à défiler en tenue d’uniforme alors que leurs collègues européens ont pu le faire.
Des élus locaux et nationaux étaient présents. En tête du cortège officiel, la Maire de Paris, Anne Hidalgo, était aux côtés de l’avocate Caroline Mécary, conseillère du 14ième arrondissement de Paris ainsi que de Ian Brossat, maire-adjoint de Paris (logement, pcf). Les membres du Gouvernement (sécrétaires d’état) avaient pris place dans le cortège : Benjamin Griveaux (porte-parole du Gouvernement), Mounir Mahjoubi (numérique), Marlène Schiappa (chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes), Christophe Castaner (relation avec le Parlement et délégué général LaREM). Enfin, le Président de l’Assemblée Nationale, François de Rugy, est venu saluer les associations LGBT.
Des symboles
La Marche des Fiertés (ou Pride ou Gay Pride), s’est inscrite dans « la 15aine des fiertés« , un ensemble d’évènements politiques, sportifs, culturels, conviviaux organisés par les associations LGBTI+.
Par ailleurs, la Ville de Paris avait arboré les couleurs de la Communauté LGBT : façade de l’hôtel de ville, passages piétons, plaque de rue… La ville a souhaité montrer son soutien à la lutte contre les violences et les discriminations LGBTphobes. La ville avait un char à la Marche des Fiertés avec un banderole arc-en-ciel « Paris est fièr.e ». De son côté l’Assemblée Nationale, et pour la première fois de son histoire, a arboré les couleurs du rainbow flag. Mais quelques jours avant la Pride et quelques heures avant le défilé, des individus ont dégradé quelqu’uns de ces symboles, vite réparés par les collectivités et l’Assemblée. Les phrases « dehors de France les LGBT » – « dictature LGBT » avaient été inscrites sur le sol. La justice a été saisie et un des auteurs a été interpellé, « se revendiquant militant d’extrême droite et anti-lgbt » selon le président de l’Assemblée Nationale.
Vers 16h30, le cortège s’arrête sur la rue de Rivoli. Les musiques s’éteignent. Une partie du public s’assoit sur le sol. Trois minutes de silence sont observées en mémoire des victimes de l’homophobie et de l’épidémie de sida.
Mais cette marche n’était pas comme les autres.
Des associations ont décidé de se placer devant le cortège officielle de la Pride. Leur but : re-politiser la Marche des Fiertés et dénoncer le « Pinkwashing » (laver rose). « vous prenez la Marche, on va prendre la tête ! » pouvait-on entendre. En réalité, il y a eu deux contre-manifs : une contre le pink washing (récupération du mouvement LGBT dans un but commercial ou politicien) et un cortège mené par des personnes queers et trans racisées. Ces deux ensembles ont finalement constitué un seul cortège radical.
Une autre marche
Cette « contre » Manif s’est principalement opposé à l’organisateur, l’Inter-LGBT, pour plusieurs raisons comme la mise en avant de l’association des policiers LGBT, Flag, au sein du cortège officiel en refusant de « …saluer la même police qui tue les personnes racisé-e-s des quartiers populaires, qui traque les migrant-e-s, qui réprime les travailleurs-euses du sexe et blesse des militant-e-s ».
La présence d’élu.e.s soutenant la politique du Président Emmanuel Macron n’a pas été appréciée. En cause, les dernières lois sur l’immigration.
Des contre-manifestants ne se sentent pas représentées dans les associations LGBT traditionnelles et dénoncent la présence de racisme et d’islamophobie. Ils demandent que les personnes racisées, c’est à dire non blanches et victimes de discriminations, soient, pour une fois, mises en avant dans la tête du cortège de la Pride. C’était leur but premier. Il ne s’agissait donc pas d’interdire « aux blancs » d’être présents à la marche comme nous avons pu le lire sur d’autres médias.
Ces associations dénoncent également « l’ambiance techno-parade, super-capitalisme » avec la participation à la Pride de sociétés comme Tinder, Mastercard ou Facebook … « Nous refusons que les Pride soient des espaces commerciaux, où règne la recherche du profit pour des firmes néo-libérales aux pratiques fiscales, salariales et commerciales souvent douteuses, qui piétinent nos droits pour leur profit… »
Mouvement radical
Cette contre-manif a ralenti la marche des fiertés « officielle » durant presque deux heures.
Une manifestante du cortège radical a été arrêtée. Elle aurait recouvert la statue Jeanne d’Arc d’une cagoule noir rue de Rivoli. Selon Hornet qui participait également à la Marche « Les manifestant.e.s radicaux ont refusé d’avancer davantage tant que la manifestante n’aurait pas été libérée… Ce qui a retardé d’autant toute la manifestation. »
Plus globalement depuis cette année, les prises de position plus « radicales » se multiplient comme à Rouen ou à Lille. Le mouvement LGBT+ semble être en plein questionnement sur son identité entraînant de fait des oppositions frontales… au risque de créer une fracture…
Retour en photos sur cette marche des fiertés…
PHOTOS (1ière série)
La « contre » manif qui s’opposant à l’organisateur l’inter-LGBT…
PHOTOS (2ième série)
Le défilé de la Pride « officielle » à Paris le 30 juin 2018. Un défilé sexy comme chaque année en cette période d’été mais avec de nombreux slogans et revendications…
Pour aller plus loin…
- Photos de la Marche des Fiertés 2017 à Paris
- Reportages photos sur les prides 2018 de Caen – Rouen – Lille
- Site de l’organisateur Inter-LGBT
- Histoire des Gaypride et marche des fiertés