L’histoire des gaypride ou des marches des fiertés

Relater l’histoire des Gaypride n’est pas toujours évident. Cette histoire est perçue différemment selon les pays, les médias et même le monde associatif. Mais il y a des faits historiques qui sont communs à tous et toutes.

Précision utile sur l’utilisation du terme « Gaypride ». Nous l’utilisons comme définition générique et désigne à la fois « Pride » ou « Marche des Fiertés » termes utilisées. Cet article est aussi l’histoire de ce mot…

Stonewall Pride
(DR: wikimedia, Stonewall Inn, NewYork)

Les faits historiques

Dans l’Amérique homophobe des années 60, les descentes de police sont récurrentes dans les bars de la ville de New-York. Le quartier de Greenwich Village où la communauté LGBT a pris ses quartiers ne fait pas exception.

Le 28 juin 1969, une nouvelle fois, la police fait une descente au Stonewall Inn, un bar de New York sur Christopher Street. Dans ce bar, bien que tenu par la mafia, la communauté gay et transgenre s’y retrouve souvent.

Christopher Street s’enflamme

Lors de cette descente de police les forces de l’ordre perdent le contrôle de la situation. Un groupe de lesbiennes, gays, transgenres et travailleurs du sexe se rebellent contre les forces de police. Le quartier s’enflamme pendant cinq jours. 2000 manifestant.e.s font face  à 400 policiers. Ils demandent l’arrêt des arrestations arbitraires. A cette époque nous sommes encore loin des revendications du mariage et de l’adoption.

Les émeutes de Stonewall 1969
(Les émeutes de Stonewall 1969 – photo :NY Daily News Archive)

On prétend que la disparition de l’actrice et icône gay Judy Garland, cinq jours plus tôt, avait marquée les esprits dans la population homosexuelle. Légende ou pas, la population LGBT était déjà à fleur de peau.

La premier Pride un an plus tard

Un an plus tard, en 1970, et pour célébrer cette révolte sur Christopher Street une manifestation s’organise. Elle rassemble une centaine de personnes avec les slogans du style « Come Out » (sortez du placard), « Gay Pride » (fierté gay), « Gay is Good » (gay, c’est bien). On considère cette manifestation comme la première Gaypride.

Christopher Street Pride

Ainsi les émeutes de Stonewall sont depuis considérées comme le début de l’émancipation de la communauté homosexuelle. La lutte pour l’égalité des droits entre homosexuels et hétérosexuels ne fait que commencer…

Chaque année en juin

A partir de ce évènement, et chaque année au mois de juin, une marche revendicative s’organise.

Gaypride ? Quels mots utiliser ?

Pour définir ces manifestations, on utilise le mot gaypride, surtout dans les années 80 et 90. Aujourd’hui, une majorité de pays le remplace par Pride. La France préfère utiliser l’expression la Marche des Fierté. En Allemagne, c’est CSD pour Christopher Street Day en hommage aux émeutes de Stonewall.

fhar1971En France

Les événements new-yorkais et le climat ambiant post-mai 68 font sortir les LGBT dans les rues.

Les organisations LGBT se structurent en France. Elles deviennent plus visibles. A cette époque le terme « homosexuel » est très utilisé. Le mot « gay » très rare et « LGBT » encore plus rare.

En France, la première marche a lieu en mai 1971, un an après New-York. La communauté homosexuelle décide de participer au défilé du 1er mai contre l’avis des syndicats et notamment la CGT.

C’est le Front homosexuel d’action révolutionnaire (FHAR) qui met en place cette participation. Plus tard, en 1974, il sera renommé Groupe de Libération Homosexuelle (GLH).

L’indépendance aux syndicats

gaypride_paris_1981Le 25 juin 1977 se déroule à Paris la première manifestation homosexuelle indépendante. Comme celle de New-York, elle a lieu fin juin.

Le Mouvement de libération des femmes (MLF) et du Groupe de Libération Homosexuelle (GLH) organisent cette manifestation.

En 1979 et 1980 les marches rassemblent un milliers de personnes.

1981… les années Mitterrand

Étrangement, mais politiquement calculée, la manifestation du 4 avril 1981 est très souvent cataloguée comme la première Gaypride en France en oubliant celles de 1977 à 1980.

Gaypride à Paris, avril 1981
(Gaypride à Paris – avril 1981 – Photo : Claude Truong-Ngoc / Wikimedia Commons)

Cette manifestation n’a pas lieu fin juin comme les autres Pride. Ce défilé se déroule en avril, à quelques jours de l’élection présidentielle. Cette dernière verra le socialiste, François Mitterrand, accéder au pouvoir.

gaypride_paris1982En 1981 la Communauté homosexuelle porte un soutien massif au candidat socialiste. 10000 personnes manifestent.

Le futur Président s’engage à dépénaliser l’homosexualité en France, promesse qu’il respectera.

La chute des chiffres et le sida

Mais dès l’année suivante, en 1982, la ferveur retombe et seuls 8000 manifestants participent.

gaypride_paris1985S’enchaînent alors des manifestations essentiellement festives et commerciales, sans revendications politiques majeures.

Chaque année, la mobilisation diminue, pour n’atteindre que quelques milliers de manifestants de 1986 à 1990.

En 1987, le sida est à la une de l’actualité depuis quelques temps. Les mots d’ordre politique reprennent le dessus, mais le nombre de manifestants ne dépasse pas les 3000 participants.

Le renouveau des années 90′

gaypride_paris_1992La marche parisienne tombe à 1500 participants. Elle n’est pas à la hauteur d’une capitale.

Aussi, en 1991, un collectif « Gaypride » est formé avec des associations, des commerces et la presse. Objectif : redynamiser la manifestation et la rendre visible. Résultat : 6000 personnes se rassemblent en 1991.

En 1993, 10000 personnes battent le pavé parisien. En ligne de mire : la lutte contre le sida (toujours) et le contrat d’union civile (notre futur PaCS).

La province fait sa Pride !

Les grandes villes régionales commencent à manigester.

gaypride_rennes_19941994 : Rennes, Marseille
1995 : Nantes, Montpellier, Toulouse
1996 : Lyon, Lille, Bordeaux, Grenoble, Cannes, Aix-en-Provence
2000 : Rouen, Angers, Biarritz, Poitiers
2001 : Caen, Strasbourg
….

gaypride_montpellier1995En 1995, le collectif Interpride France est mis en place pour coordonner les défilés des différentes villes du pays.

Un petit changement sémantique s’opère. On ne parle plus de gaypride, jugé trop masculin, mais de « Lesbian & Gay Pride » plus inclusif. La Communauté LGBT s’organise.

Une fréquentation en nette hausse

À Paris, Act-Up participe activement à la manifestation avec son fameux slogan « silence=mort ». En 1995, Paris rassemble 80 000 manifestants.

europride_1997_parisEn 1996, le nombre de participants augmente à 120.000.

Paris accueille l’année suivant l’EuroPride.
250.000 personnes de l’Europe entière défilent jusqu’à la place de la Bastille.

Aujourd’hui, la marche parisienne dépasse facilement les 500.000 personnes.

La gaypride aujourd’hui

La lutte contre les LGBTphobies et la lutte contre le sida restent des revendications phares lors des marches.

Gaypride 2019, toutes les dates des marches des fiertés. 50 ans après Stonewall, le combat continue.
(photo : Gayviking, Marche des Fiertés à Paris en 2017)

À partir de 1993 de nouvelles revendications font leur apparition dans les défilés. L’égalité dans le mariage, l’adoption, la PMA, les droits pour les personnes transgenres et intersexe.

Enfin, dès 2013 et depuis le mariage pour tous et l’adoption, certaines organisations LGBT souhaitent revenir à des marches plus revendicatives et moins commerciales. La Pride 2018 à Paris sera le point d’orgue de ce désir de changement.

Pride 2018 à Paris, retour sur la Marche des Fiertés, Gaypride
(Pride à Paris en juin 2018, contre manif).

Gaypride ou marche des fiertés ? Question de droit…

Le terme « Marche des fiertés » est apparu en France en 2001 après un litige entre la nouvelle association organisant l’événement, l’Inter-LGBT, et la société précédemment responsable de l’organisation : la SOGIFED devenue aujourd’hui Connection.

Cette dernière a en effet déposé le nom Lesbian & Gay Pride, et son utilisation risquait d’être sujet à conflit.

GayPride, Marche des Fiertés à Rouen en 2014

Privatisation ou sauvegarde ?

De rares associations, surtout en région, dénoncent parfois la privatisation de l’histoire du mouvement sur la préemption du mot « gaypride » ou « pride« .

Il faut savoir qu’aucune manifestation en France ne peut utiliser, sans l’autorisation de la société Connection les mots « Gay Pride » ou « Pride » au risque d’un conflit juridique. De son côté, la société Connection se semble pas monétiser l’usage de ces mots. Elle souhaite les sauvegarder pour éviter toute dérive.

Mais dans les faits, le mot Gaypride n’est pratiquement plus utilisé. Le terme le plus courant en France est « Marche des fiertés ». D’autres utilisent le mot « Pride » tout simplement.

En conclusion, qu’importe le nom, l’important est d’oeuvrer dans la même direction. L’égalité et la résistance aux injustices sont le fer de lance de ces manifestations comme l’ont fait nos aïeux en juin 1969 à Stonewall.

 

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