Fabien, 29 ans : « Je suis séropositif et j’ai peur »

De nombreuses interviews ont été réalisées sur Gayviking notamment sur le vih et le sida. Aujourd’hui, on vous présente une rencontre chargée en émotions. Son prénom changé, voici Fabien. Il a 29 ans. Il est séropositif, il habite en Normandie.

Illustration, homme séropositif
(photo illustration : Maurizio de Garagolo)

A la suite de notre notre article sur le dépistage du Vih, Fabien nous a contacté. Il souhaite témoigner et nous dire « que le sida n’est pas un simple rhume ». A la veille de la journée mondiale de lutte contre le sida, Gayviking publie son témoignage.

(Attention les termes ou expressions peuvent heurtés)

J’étais bien séropositif. Plombé.

Gayviking : Fabien, explique-nous comment tout a commencé… ?

Fabien : C’était il y a deux ans. Chaque année, je fais un dépistage. Je le demande à mon médecin. Deux jours plus tard, c’est le choc. Je me souviens de cet appel. La secrétaire du cabinet médical est au téléphone. Elle me dit qu’il faut que je prenne rapidement un rendez-vous avec mon médecin.

J’étais paniqué. La sentence est vite tombée. Après confirmation, les résultats du laboratoire n’étaient pas bons. J’étais bien séropositif. Plombé. Je me suis dit que j’allais mourir. Comme tout le monde, je sais que je vais mourir. Mais moi, je pense que ça sera plus tôt que prévu.

Comme un malade du cancer, j’ai bêtement demandé à mon médecin combien de temps il me restait à vivre.

Il ne m’a pas vraiment répondu. Il m’a dit que je pourrais vivre normalement avec le virus. Avec le recul, je peux dire que ce n’est pas totalement vrai. Pas pour moi en tout cas. On ne vit pas normalement. Je pense tout le temps à la maladie.

cruising bar rencontres
(photo illustration : film Cruising, Interior. Leather Bar)

Comment as-tu été contaminé ?

Au début je ne comprenais pas. Ce n’était pas possible. Après en avoir discuté avec des médecins et les infirmières, j’ai compris.

Je ne crois pas qu’un mec a éjaculé en moi. Néanmoins, les mecs que je rencontrais ne mettaient pas de capotes. Ils me pénétraient rapidement le temps de deux-trois mouvements. C’était seulement ça, sans se finir comme on dit. Pour moi il n’y avait pas de risques car il n’y avait pas de contact avec leur sperme. Tous les mecs se retiraient bien avant l’éjaculation. J’en voyais beaucoup le faire.

Le désir était plus fort

Dans un rapport sexuel, bien avant l’éjaculation finale, notre sexe émet souvent un liquide pré-séminal ou pré-cum. On dit que « l’on mouille« . Ce liquide, même en très petite quantité, est très contaminant. Il a suffi d’une fois pour qu’il y ait contamination.

Je ne pensais pas réellement à ce risque. Le désir était plus fort et j’ai fait une connerie. J’ai joué et j’ai perdu.

Pourtant il y a des messages sur la prévention… 

oui mais on n’y pense pas. Sur les messages de prévention, sur les affiches on voit toujours des mecs supers souriants. On prend ça à la légère. Je ne m’excuse en rien. Je sais que c’est de ma faute mais il ne faut pas croire que le vih est un simple rhume que l’on peut guérir avec un petit comprimé. Des campagnes plus percutantes seraient utiles.

Tu as peur ?

Énormément. Le virus est maintenant indétectable grâce aux traitements. Apparemment, j’ai eu de la chance d’avoir été dépisté très tôt.

Peur de plus réagir aux traitements

Mais dès que j’attrape un rhume, le virus peut redevenir détectable… j’ai toujours peur que ma santé se dégrade sans prévenir et de ne plus réagir aux traitements, même si aujourd’hui tout se passe bien.

Je n’ai pas très bien réagi le première année du traitement. Les effets secondaires des médicaments te paralysent. Tu n’as plus envie de rien, tu perds du poids puis tu en regagnes. C’est très dur.

Seine-Maritime, le Département se désengage des centres de dépistages anonymes et gratuits

Tu en as parlé à tes proches, parents, amis ?

Au début je ne voulais pas en parler à mes parents. Mais je ne pouvais plus cacher mon état de santé. J’avais perdu du poids et cela se voyait. J’avais mauvaise mine. J’étais anxieux. Je précise que mes parents n’accepte pas que je sois gay.

Avec ma séropositivité, j’ai fait un deuxième coming-out… mais mortel à leurs yeux. Ils me voient déjà mort avant eux. Ma mère pleurent à chaque fois qu’elle voit un sujet sur le sida à la télé. Ma sœur n’arrête pas de faire des dons au Sidaction.

Étant séropositif, on est vite catalogué

Pour mes amis et mes collègues de travail je ne leur dis pas. J’ai peur que l’on me rejette. Dans le milieu gay, on est vite catalogué. Je me force à faire des rencontres mais le cœur n’y est pas. Je ne sais jamais quand le dire aux mecs que je rencontre.

Dans tes rencontres tu ne dis pas à tes partenaires que tu es séropositif ?

Cela dépend. Si c’est pour un coup d’un soir, je ne dis rien tant que le virus est indétectable, mais on se protège systématiquement ou je ne fais pas grand chose. Si je sens que la relation peut aller plus loin, je le dis, mais j’ai peur qu’ils ne veulent plus de moi. De toute façon, vu le peu de rencontres que je fais, ces situations sont rares…

Pourquoi vouloir témoigner aujourd’hui ?

C’est la mort de Kevin (Kevin Gagneul, militant LGBT, mort du sida a 32 ans) qui m’a fait réalisé cet été que l’on devait rétablir la vérité dans l’esprit des gens : le sida tue encore.

Plus tard, quand j’ai lu votre article sur le dépistage rapide, les auto-tests, je me suis dit que tout le monde va commencer à croire que le sida n’est qu’un simple rhume. On croit que ça va passer mais non. Le sida vous tue à petit feu. Et j’avais aussi besoin d’en parler. Tout le monde doit savoir que c’est une saloperie ce virus. On continue à en mourir.

rencontres, gestes barrières
(photo : licence Shutterstock)

J’ai peur de mourir

As-tu contacté des associations ? Il y a Aides et des associations gay qui peuvent t’aider à surmonter cette épreuve…

Je sais, on m’en a parlé à l’hôpital mais je ne vois pas ce qu’ils peuvent faire de plus. Je respecte leur travail mais je n’arrive pas à passer la porte.

Comment vois-tu ton avenir ?

Je ne sais pas, je commence à peine à atterrir. Je veux continuer à travailler, avoir un petit copain. Mais j’ai peur de mourir avant lui et qu’il soit malheureux.

Un dernier mot ?

Protégez-vous s’il vous plaît, la vie est belle et précieuse.

Note de la rédaction :

Il n’est pas forcément judicieux de rester seul face à sa séropositivité. Contactez une association d’écoute comme Aides par exemple (site web) ou une autre association gay pour vous orienter. De même, en parler à un psychologue peut s’avérer utile (info ici). Chacun réagit différemment et sachez qu’une grande majorité de personnes séropositives se portent bien. Les traitements ne les empêchent pas de vivre normalement et être en couple. Dans tous les cas, ne restez pas seul.

Mise à jour (juin 2020) : cinq ans plus tard, Fabien est toujours en vie. Il vit bien son traitement. Il est plus serein. Fabien est maintenant en couple, il n’a plus d’idée noire. Aujourd’hui, les traitements contre le Vih sont plus performants qu’en 2015. Continuez à vous protéger.

Vih / sida / séropositif : question de vocabulaire

Il faut bien distinguer le Vih du Sida et ne pas confondre comme semble le faire Fabien. Le Vih est le virus. C’est lui qui cause la maladie. Quand on fait un dépistage, on parle du dépistage du Vih et non de dépistage du sida. Être séropositif, c’est avoir été en contact avec le virus du Vih mais ce n’est pas avoir le sida.

Pour approfondir le sujet

Dépistage du sida, comment faire ?
Sida, l’épidémie ne progresse pas
Association Aides
article psychologie magazine, vivre avec le vih-sida
Sidaction

Article corrigé en juin 2020

(photos à titre d’illustration. Crédits Flickr Garagola – Film Cruising – Jupiter pschologie – DR)

Derniers articles

Dieppe : fermeture du sauna gay l’Eclipse, première victime du Covid-19 en Normandie

Le sauna l'Eclipse, à Dieppe ferme ses portes. L'établissement succombe aux conséquences du Covid-19. C'est la première fermeture d'un établissement LGBT...

Caen. Agressions et harcèlements sur un lieu de drague gay

Depuis le début du mois de juillet : agressions et harcèlements se multiplient sur un lieu de drague gay à Caen. Un appel à la prudence est lancé…

La culture gay en musique : 1980 – 1983, les années charnières

Avec l'émergence du night clubbing gay puis la naissance du disco, le Palace à Paris, la subculture gay va se diffuser auprès de la jeunesse des années 80.

A Évreux, le Centre LGBTI de Normandie ouvre une antenne avec des permanences d’accueil et d’écoute.

Après Caen, Cherbourg et Saint-Lô, le Centre LGBTI de Normandie développe ses activités dans l'Eure, à Évreux avec de nouvelles permanences...

Sur le même thèmeÀ lire
Recommandé

X