Tranches de vies : escale normande avec Marc et Philippe, Le Temps au Temps

Marc et Philippe sont en couple depuis près de 40 ans. Installés en Normandie depuis 2014, durant cinq ans ils tenaient des chambres d’hôte gay, Le Temps au Temps, près d’Évreux. Aujourd’hui, ils décident d’arrêter et de passer à d’autres aventures. Ils nous racontent leur expérience dans les chambres d’hôte gay, mais ils se confient également sur leur parcours. À 65 et 64 ans, Marc et Philippe ont eu plusieurs vies dans la communauté LGBT, de Nancy à Lille en passant par Paris et maintenant en escale sur la Normandie. Une tranche de vie loin d’être terminée…

Tranches de vies : escale normande avec Marc et Philippe, Le Temps au Temps
(Metz, 1982 : Début de vie commune, Philippe et Marc)

Gayviking : vous avez choisi la Normandie pour vous installer, pourquoi ce choix ?

Marc et Philippe : Nous sortions de 20 années de vie parisienne avec ce que cela comporte de plaisirs mais aussi d’inconvénients. Pour pouvoir avoir toujours accès aux plaisirs de la vie parisienne (culture, sorties, amis…) mais pour trouver un environnement plus calme et reposant, plus de nature, nous avions cherché une maison qui soit à une heure de Paris et à une heure de la mer. L’Eure ou la Seine-Maritime allient ces deux particularités. Le hasard a fait que nous avons trouvé notre maison dans l’Eure. Et puis, il faut le dire, nous avons vécu et travaillé un peu partout en France et la Normandie est une de nos régions préférées, avec une grande variété de paysages, des villes attachantes, une culture gastronomique, une histoire et un patrimoine riches. Et le climat nous convient mieux que celui du Sud de la France.

Gayviking : … Et cette idée d’ouvrir des chambres d’hôtes spécifiquement gay, pourquoi ?

Marc et Philippe : Nous avions pris la décision d’ouvrir deux chambres d’hôtes parce que la maison s’y prêtait parfaitement. Alors la question s’est posée : Gay ? Gay friendly ? Grand public ? Auparavant nous avions déjà eu l’occasion de fréquenter les maisons d’hôtes comme clients. Contrairement aux hôtels où les échanges avec les autres clients sont inexistants et ceux avec les hôteliers assez limités, ce qui fait l’intérêt d’une maison d’hôtes, c’est de pouvoir échanger, discuter, sympathiser avec les autres hôtes et aussi avec les personnes accueillantes.

Evidemment, contrairement aux actes de tous les jours, dans cette circonstance on ne peut pas cacher qu’on est un couple homosexuel. D’ailleurs, dans l’immense majorité des cas, cela ne pose aucun problème. Notre société a globalement évolué sur ce sujet, et l’échange avec des personnes différentes de soi est d’ailleurs toujours plus enrichissant. Mais notre société n’est hélas, pas encore parfaite. Et, la manif pour tous l’a bien démontré pour ceux qui n’y croyaient pas, il existe aussi une franche importante de la population qui reste, au mieux gênée vis-à-vis de l’homosexualité, voire totalement hostile et agressive.

Le Temps au Temps (Eure) – chambres d’hôtes gay en Normandie
(La maison Le Temps au Temps de Marc et Philippe dans l’Eure près d’Evreux)

« Pas envie d’être jugé sur notre mode de vie »

Et cette population fréquente, comme les autres, les chambres d’hôtes. Il nous est donc arrivé, par le passé, d’être confronté à des remarques ou des attitudes hostiles, non pas de la part des hôtes accueillants, mais d’autres hôtes hébergés. Quand on est en vacances ou en week-end, on n’a pas envie de « se prendre la tête » avec des situations conflictuelles. C’est ce qui explique la multiplication des chambres d’hôtes gay et gay friendly.

Mais si les propriétaires sont « gay friendly » c’est-à-dire ouverts d’esprit, ce n’est pas toujours le cas des hôtes qu’ils reçoivent. En tant que propriétaires d’une maison d’hôtes, nous n’avions aucune envie d’arbitrer et d’être confrontés à ce genre de situation. Aucune envie non plus d’accueillir chez nous des gens qui condamnent notre mode de vie et qui arrivent là par hasard. En plus, en 2016, lorsque nous avons ouvert nos chambres, il n’existait pratiquement aucune maison d’hôtes 100 % gay en Normandie contrairement aux autres régions touristiques où elles sont très nombreuses. On a donc fait le choix d’une maison d’hôtes 100 % gay et on n’a jamais regretté ce choix.

Gayviking : Durant ces cinq années au Temps au Temps, quels ont été vos meilleurs et pires souvenirs ?

Marc et Philippe : Alors très franchement, on a beau chercher, on ne trouve aucun pire souvenir mais que des bons souvenirs.

Bien sûr, on a eu des hôtes plus ou moins sympas, plus ou moins conviviaux, mais tout c’est toujours très bien passé. On nous avait mis en garde contre les dégradations, contre les réservations non honorées, les chèques sans provision, les personnes un peu trop intrusives… nous n’avons jamais rencontré aucune de ces situations.

Mais nous avions aussi fixé des règles assez sélectives au moment de la réservation.  Les tentatives ont été nombreuses, de venir sans réservation ou de vouloir réserver sans payer d’acompte. Certains ont aussi essayé de réserver pour deux mais de venir à trois, voire plus. De venir avec un animal de compagnie alors que nous avions spécifié très clairement que ce n’était pas possible. Bref, toutes ces tentatives n’ont abouti qu’à une seule chose : ces personnes n’ont jamais franchi le pas de notre porte.

Tranche de vie
(Les Ventes, Evreux, 2016-2021 : Chambres d’hôtes « Le Temps au Temps » en Normandie)

Gayviking : …. vous parlez aussi de personnes « intrusives » ?

Marc et Philippe : Oui, c’est un point important dans une chambre d’hôtes. Le fait d’accueillir les gens chez soi et d’aborder des discussions qu’on n’a pas avec ses voisins, sa famille ou ses amis ne doit pas faire oublier non plus qu’il faut un respect mutuel et que chacun a droit à sa part de discrétion et d’intimité. C’est une règle qu’on s’était imposée vis-à-vis de nos hôtes : ne pas poser de questions indiscrètes tout en étant à l’écoute de ceux qui ont envie de parler d’eux.

Mais cette règle doit aussi fonctionner dans l’autre sens. On peut avoir une attitude amicale et ouverte mais il ne faut jamais oublier que la vraie amitié est quelque chose qui se construit avec le temps. Donc il y a des frontières qu’il ne faut pas dépasser. Il y a une partie de la maison qui doit rester totalement privée et étanche, et il en est de même de nos vies.

Et les chambres d’hôtes 100 % gay ont aussi parfois une particularité. Souvent, elles sont aussi  des lieux de rencontres « sexuelles » surtout lorsqu’elles acceptent le naturisme.

La proportion doit être plus importante que celle des maisons libertines pour les couples hétérosexuels. Ce choix nous paraît honorable et ne nous pose aucun problème de jugement moral. Il en faut pour tous les goûts et c’est très bien que cela existe. Mais cela n’a pas été notre choix.

Des anecdotes amusantes…

Et pour éviter que des hôtes se trompent de lieu, nous avions clairement expliqué les choses sur notre site internet. Lors de la réservation téléphonique, certains demandaient avant si nous étions un lieu « sexuel », si les rencontres étaient nombreuses, voire si nous mettions nous même « les mains à la pâte » !

Nous avons toujours été clair sur le sujet et totalement transparents : ce n’était pas notre volonté. Et lorsqu’on explique très bien les choses, avec respect des modes de vie de chacun, avec le sourire et sans agressivité, tout se passe bien.

Nous avons certainement perdu beaucoup de réservations, mais peu importe, nous n’avions aucune obligation de faire du chiffre d’affaires.

Marc et Philippe, Le Temps au Temps
(Les Ventes, Evreux, 2016-2021 : Chambres d’hôtes « Le Temps au Temps » en Normandie)

« Des amuses-gueules en terrasse et le plat de résistance en chambre… »

Mais, malgré nos précautions, il est arrivé à plusieurs reprises que certains hôtes souhaitent avoir une prestation qui ne figurait pas à la carte des services de la maison… Il faut dire que beaucoup de chambres d’hôtes proposent des massages, présentés comme « tantriques » mais derrière ce mot, il faut comprendre « sexuels ». Et ces massages sont souvent proposés par les hôtes accueillants eux mêmes.

Bon, nous n’avons jamais eu de formation de masseur et pour ce qui est du sexe contre rémunération, ce n’est pas à plus de soixante ans qu’on allait débuter une carrière de « travailleurs du sexe ».  Mais ces situations ne sont pas des mauvais souvenirs, juste des anecdotes amusantes. D’abord on a été surpris et honorés de constater que notre « grand âge » n’était pas un frein à l’attirance. Ensuite, avec un peu de diplomatie, d’humour et de bonne humeur, on arrive toujours à dire non.

Quant aux hôtes entre eux, ce serait mentir de dire que rien ne s’est jamais passé. La nudité que nous tolérions sur la terrasse et le grand jacuzzi ont été propices à des rencontres un peu plus chaudes que le climat normand… Mais là aussi, si les « amuse-gueules » étaient possibles en terrasse, le plat de résistance se dégustait en chambre, loin de nos yeux innocents. Il faut évidemment, pour cela, un peu d’autorité, mais les gens le comprennent très bien.

Gayviking : Et les bons souvenirs ?

Marc et Philippe : Alors là il sont nombreux et il y a de quoi écrire un livre… Globalement on a eu des discussions passionnantes sur tous les sujets. Et on a surtout découvert des tranches de vie incroyables ! On a eu des hôtes du monde entier, du Canada au Japon, de tous les âges : des étudiants aux retraités… mais aussi de tous les milieux sociaux : des artistes, des fonctionnaires, des commerçants, des comptables, des jardiniers, des juristes, des policiers, des artisans, des concierges, des cuisiniers et même un couple de curés catholiques et un député !  Le seul point commun entre toutes ces personnes, c’était leur homosexualité.

Marc et Philippe
(Metz et Nancy, 2006 : Gaypride Lorraine : Marc au micro, Philippe en coulisses.)

Alors, pour des gens comme nous qui avons toujours été passionnés par l’histoire de l’homosexualité à travers les époques et les lieux géographiques, c’était une vraie mine d’or ! Ces cinq années ont été enrichissantes. Pas sur le plan financier mais pour notre culture personnelle. On a pu dresser une analyse sociologique de l’homosexualité en France et dans le monde assez intéressante.

De belles rencontres

Enfin, le plus important de tout, c’est que nous avons eu aussi quelques amitiés naissantes. Même si, comme je le disais précédemment, il ne faut pas confondre l’accueil amical et la véritable amitié, se faire des amis quand on tient une chambre d’hôtes n’est pas une chose impossible. Ils ne sont pas nombreux mais nous avons véritablement entamé une amitié avec deux couples de garçons et un célibataire endurci. Ils sont venus régulièrement chez nous et nous avons appris à nous connaître et à nous apprécier. Nous allons voir maintenant si cela se prolonge au delà de la fermeture de nos chambres, mais nous n’avons pas beaucoup de doutes sur le sujet. Et ça c’est un bon souvenir qui restera lié à ces 5 années de chambres d’hôtes.

Gayviking : Finalement, comptez-vous ouvrir de nouvelles chambres d’hôtes dans une nouvelle région ?

Marc et Philippe : Clairement non. Il n’est pas impossible qu’on change effectivement de région, mais ce ne sera pas pour ouvrir une autre chambre d’hôtes… sinon on aurait prolongé l’expérience ici. Il faut dire que ce n’est pas en cinq ans qu’on amortit les travaux nécessaires à une maison d’hôtes aux normes de sécurité et de confort, surtout avec 2 chambres ! Cela ne nous a pas posé de problèmes mais dès le départ, on savait qu’on ne ferait pas cela jusqu’à la fin de notre vie. On s’était fixé entre 5 et 10 ans d’exploitation, car quand on a dépassé la soixantaine, les projets ne sont pas les projets d’une vie, mais juste d’une étape.

Marc et Philippe vie LGBT
(Metz, 1986 : Création de l’Eclipse Coffee-Shop, notre video bar gay, restaurant spectacles)

Nous nous sommes rencontrés en 1982 et depuis cette date nous avons accumulé plusieurs vies très différentes. Nous avons exercé divers métiers, et même créé diverses entreprises, nous avons vécu dans différentes régions de France, et à chaque tranche de vie nous avons rencontré des gens attachants avec lesquels on a maintenu une forte amitié.

Une nouvelle page blanche à écrire…

Les vrais amis, sont ceux qui vous suivent partout, dans toutes les circonstances, quelque soit l’évolution de votre vie. Donc, à chaque changement de vie, il y a eu un « écrémage » : des amitiés se sont éteintes, d’autres sont devenues plus distantes mais les vrais amis, peu nombreux, sont restés très présents et pour certains depuis plus de 40 ans… Alors changer de vie ou de région, ce n’est jamais se déraciner complètement, et c’est peut-être plus facile quand on est en couple, surtout si on partage la même vision des choses sur ce plan. Ce n’est jamais non plus repartir totalement à zéro ! L’expérience accumulée à chaque étape permet d’éviter certaines impasses.

Mais nous aimons nous retrouver de temps en temps devant une page blanche. C’est un sentiment de grande liberté. Evidemment, c’est aussi un luxe quand c’est un choix assumé et avec des contraintes financières qui restent maîtrisables. Il faut avouer que par le passé, ce sont souvent les circonstances qui ont décidé pour nous : mutations professionnelles, aléas de la vie, santé, etc… Aujourd’hui on a le luxe de pouvoir décider sans trop de contraintes.

Demain, lorsqu’on sera devenu des vrais petits pépères, on sera de nouveau à la merci des aléas de la vie, notamment de santé… alors profitons au mieux de notre retraite et de notre bonne santé pour nous lancer dans de nouvelles aventures.

Gayviking : Quels conseils donneriez-vous à des personnes qui souhaiteraient ouvrir des chambres d’hôtes spécifiquement gay ou lesbienne ?

Marc et Philippe : Le seul conseil qu’on puisse donner, c’est de rester soi-même et de ne pas tricher avec les autres. Mais ce conseil est universel et valable pour beaucoup de métiers. Pour le reste, chacun fixe ses règles en fonction de sa personnalité et de sa sensibilité. Ce qui est valable pour nous ne l’est pas forcément pour les autres.

Metz Coffee-Shop
(Metz, 1986 : Création de l’Eclipse Coffee-Shop, notre video bar gay, restaurant spectacles)

Maintenant si le but est essentiellement la rentabilité, ouvrir une maison d’hôtes en ciblant très finement sa clientèle n’est pas une garantie de rentabilité. Donc tout dépend de l’objectif qu’on se fixe.

Déjà, il faut savoir qu’exploiter des chambres d’hôtes est rarement suffisant financièrement si on n’a pas, à coté, une autre activité. En effet, c’est limité par la loi à un maximum de 5 chambres, et même en faisant le plein tous les jours, l’amortissement de l’investissement peut être long. Mais lorsqu’on choisit de s’adresser à une clientèle 100% gay, il faut savoir que faire le plein tous les jours de l’année est utopique, à moins de résider dans un paradis tropical.

Gagner de l’argent reste difficile

Ensuite il faut évidemment bien cibler sa communication et trouver les bons supports, ensuite, il faut absolument résister à la tentation d’élargir sa clientèle pour améliorer sa rentabilité. En effet, c’est tout le contraire qui se produira : les clients qui vous choisissent pour cette spécificité ne s’y retrouveront plus et les autres ne s’y sentiront pas forcément à l’aise.

Donc le choix de départ est primordial et il faut s’y tenir sans écouter ceux qui ne sont jamais avares de conseils en tous genres mais qui n’ont jamais rien construit.  Si nous nous étions fixé comme objectif de gagner de l’argent, nous aurions fait un autre métier et, en tout cas, on n’aurait pas décidé d’ouvrir une chambre d’hôtes gay.

Maintenant certaines chambres d’hôtes que nous connaissons ont réussi à garder un accueil 100% gay tout en ayant une rentabilité financière, ce n’est pas impossible. Tout dépend déjà de l’investissement de départ. Ensuite, elles ont un peu contourné la loi en créant d’autres activités annexes : une partie « gîtes » adjointe aux 5 chambres d’hôtes sous une autre forme juridique, la vente de produits régionaux, d’œuvres d’art, de brocantes, une activité de restauration, d’organisation d’événementiels… ou des prestations de massages tantriques (humour).

Marc et Philippe à Lille
(Lille, 1991 : Une escale de quelques années chez nos amis les chtis)

Gayviking : On sait que l’histoire LGBT reste votre grande passion. Vous avez surement des projets à réaliser ?

Marc et Philippe : Oui, depuis 2000, nous avons lancé divers sites internet sur l’histoire LGBT : Hexagone Gay, Lorraine Gay, Aquitaine Gay… ces sites sont en sommeil depuis quelques années.

Au début, Lorraine Gay était un site assez proche de l’esprit de Gayviking avec beaucoup d’infos et d’actualité sur la vie gay en Lorraine. Aujourd’hui c’est un site plus figé d’archives. Mais même un site d’archives a besoin de s’enrichir sans cesse et nos activités ne nous permettaient plus d’y consacrer le temps nécessaire. Donc un de nos objectifs va être de lancer de nouvelles versions de ces sites internet avec beaucoup plus d’archives en lignes, car nous n’avons pas cessé d’accumuler les documents historiques et les témoignages au cours des années.

Profiter de la vie, voyager…

Ensuite, nous ne vivons pas non plus dans une bulle 100 % LGBT et nous avons encore plein de projets dans des tas de domaines : projets artistiques, projets d’écriture, projets digitaux, projets associatifs… trop tôt encore pour en parler.

Enfin nous avons aussi un projet primordial, c’est celui de profiter au maximum de la vie tant que la santé nous le permet. On a accumulé notamment un déficit de voyages qu’on espère bien rattraper.

Cette période de pandémie nous a permis de réfléchir sereinement à tout cela et la décision de fermer nos chambres d’hôtes est en grande partie liée à notre volonté de nous lancer dans de nouvelles aventures et d’y consacrer le temps nécessaire.

Gayviking : Dans quelle région comptez-vous vivre maintenant…

Marc et Philippe : Aujourd’hui, on en est encore au stade de la page blanche… donc de la liberté qui s’offre à nous. Il y a quelques régions en France qui nous attirent particulièrement pour une prochaine tranche de vie… le Périgord, l’Alsace, les Pyrénées, la Côte Atlantique… Mais il faut que le climat nous convienne, que la vie citadine reste à portée de main et surtout que la prochaine maison soit encore mieux que celle où nous visons aujourd’hui… ce qui ne va pas être facile, dans la limite d’une contrainte budgétaire…

Mais peut-être que nous choisirons aussi de rester en Normandie… rien n’est décidé à ce stade. La seule chose qui importe est d’avoir la sensation de recommencer une nouvelle vie.

La nuit gay parisienne
(Paris, 1995-2014 : Près de 20 ans de vie nocturne parisienne)

Gayviking : Pendant ces 5 dernières années, comment avez-vous trouvé la vie LGBT en Normandie ?

Marc et Philippe : Nous avons ouvert nos chambre en 2016 mais nous sommes en Normandie depuis 2014. Si on compare la vie LGBT à celle des autres villes où nous avons vécu (Nancy, Metz, Lille, Paris…) le nombre d’établissements LGBT est très limité en Normandie.

Evidemment, il y a aussi une évolution qui est liée à l’époque qui ne nécessite plus l’existence de lieux spécifiquement gay. Et je sais que la vie gay à Rouen, comme à Caen ou même à Deauville ou Honfleur a été beaucoup plus riche dans les années 80 par rapport à aujourd’hui.

Un besoin de solidarité

Du point de vue du tissu associatif c’est également assez particulier. Contrairement à d’autres villes françaises comme à Metz, Bordeaux ou Angers, par exemple, il y a une grande dissémination des associations LGBT à Rouen et en Normandie. Mais aucune de ces associations ne domine le paysage ou alors pendant quelques années… puis elles disparaissent.

Les militants actifs se comptent sur les doigts d’une main (et on en connait quelques uns qui ne déméritent pas) mais les adhérents sont dispersés, peu fidèles et ne permettent pas un financement suffisant et pérenne de ces associations. Je crois qu’il y aurait besoin de plus de solidarité et de projets communs entre les diverses associations qui semblent aujourd’hui plus concurrentes que complémentaires et souvent opposées pour des raisons politiques. Voilà pour un point de vue personnel qui n’engage que moi.

Pour des jeunes qui découvrent leur homosexualité et qui ont besoin de soutiens, de lieux conviviaux, de rencontres, le manque de structures a été remplacé par les réseaux sociaux et les applications internet… Mais je ne suis pas sûr qu’à l’âge de 20 ans j’aurais aimé vivre dans le Rouen d’aujourd’hui et encore moins à Evreux… d’autres villes me semblent bien plus attractives et vivantes ne serait ce que Lille où nous avons vécu.

Mariage pour tous
(Paris, 2011 : Edition du roman « Les Ondes de la Tourmente » avec Marc et Philippe en couverture (photomontage style années 30) et 2013 : Participation aux manifestations parisiennes pour le mariage pour tous.)

Une vie gay conviviale et amicale

En revanche pour le couple de soixantenaires que nous sommes, nous apprécions beaucoup notre vie en Normandie, particulièrement à Rouen, et la vie gay nous suffit largement. Il n’est pas besoin d’avoir des dizaines de bars, discothèques, saunas pour apprécier la vie LGBT d’une région. Il suffit juste de quelques établissements qui jouent bien leur rôle.

Et à Rouen il y a tout ce qui nous convient. Un petit bar très convivial, pour ne pas le citer, le Milk, tenu par des garçons sympathiques. Et tout le Rouen gay et lesbien s’y retrouve mais aussi des hétéros ouverts d’esprit. Il y a quelques bons petits restaus à l’accueil très gay friendly où nous avons nos habitudes. Et les manifestations y sont suffisamment nombreuses, des festivals de films LBGT aux expositions organisées par des musées, à la Gay Pride de la ville.

La vie gay de la ville est très conviviale et amicale… il n’y a qu’à se rendre lors d’une belle soirée d’été sur la terrasse du Milk pour s’en apercevoir.

« Les liens de complicité se créent très vite »

Quant à Évreux, la vie gay est encore plus limitée même s’il y a régulièrement quelques initiatives commerciales ou associatives qu’il faut saluer et encourager.

Mais il existe une sorte de réseau informel très convivial. Quand on est ouvert aux autres, il y a des liens de complicité qui se créent très vite dans tel restaurant, dans tel bar, dans telle boutique et finalement on s’aperçoit que les personnes LGBT sont absolument partout dans la ville même si la discrétion y est plus nécessaire que dans une grande cité. En tout cas quand on est arrivé dans cette ville, il ne nous a pas fallu 15 jours pour prendre nos marques et constater qu’on n’était pas dans une « zone anti LGBT » comme en Pologne. Et on apprécie aussi cette ville.

Et quand on est en mal de vraie vie nocturne… Paris est à une heure et on y va très régulièrement.

Et je n’oublie pas non plus Gayviking, un des seuls sites internet de région qui n’a jamais ménagé ses efforts depuis toutes ces années d’existence pour rendre compte de l’actualité culturelle LGBT de la région, mais aussi aborder des sujets de fond, donner la parole à des gens très divers, multiplier les reportages, les news… une véritable pépite qui n’existe que très peu en dehors de Paris. Les gay normands n’ont pas toujours conscience d’avoir cet outil magnifique à leur portée et devraient, à mon sens, y participer davantage.

Une vie LGBT
(Marc et Philippe : comme dans les années 80 : une carte, une page blanche et plein de projets)

Gayviking : … un dernier petit mot à ajouter ?

Marc et Philippe : Oui. On tenait à remercier sincèrement tous les hôtes qui sont venus chez nous. Nous restons en contact avec beaucoup d’entre eux et ils nous ont adressé des emails très sympathiques et même émouvants lorsqu’ils ont appris notre fermeture. Ils ont été un véritable enrichissement pour nous.

Ensuite, on verra bien ce qu’on décidera pour la suite, mais on espère avant tout pouvoir très vite retrouver tous une vie normale et pouvoir encore nous retrouver au plus tôt dans des lieux de convivialité, bars, restaus, salles de spectacles… Pour l’instant, on est toujours normands…

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