Rouen : dissolution de Normandie Pride. Quel avenir pour la marche des fiertés en 2019 ?

Inattendu. Alors que les deux dernières marches des fiertés avaient battu un record de fréquentation, l’organisateur décide d’arrêter les frais. Contre toute attente, l’association Normandie Pride a voté sa dissolution ce 30 août mettant fin à trois années d’activités.

Pourquoi une telle décision ? Quel avenir pour la marche des fiertés (gaypride) à Rouen en 2019 ?

Rouen : dissolution de Normandie Pride. Quel avenir pour la marche des fiertés en 2019 ?

L’Assemblée Générale de Normandie Pride s’est tenue ce jeudi 30 août à Rouen avec comme ordre du jour : l’avenir de l’association. Résultat : c’est la dissolution. De manière inattendue, l’association, organisatrice de la marche des fiertés sur Rouen, disparaît après trois années d’activités.

Les deux dernières éditions avaient rassemblé de 1300 à 4000 personnes. Un record historique pour la capitale normande. Un succès très apprécié où les associations avaient bénéficié gratuitement d’un stand sur la place de l’hôtel de ville. Des concerts animaient les soirées. Les commerces LGBT et gayfriendly s’étaient mobilisés lors de soirées spéciales.

Une équipe fatiguée mais aussi amère

Les derniers membres de l’équipe sortante (Claire, Laurent et Antoine) sont fiers de ce succès mais fatigués.

Rouen : dissolution de Normandie Pride. Quel avenir pour la marche des fiertés en 2019 ?

Il y a un an, Normandie Pride comptabilisait plus de 90 adhérents, soit la première association lgbt de la région. Au moment de renouveler l’équipe dirigeante, personne ne s’est porté volontaire pour prendre la suite. En juin dernier après la dernière marche, les membres fondateurs ont quitté un à un l’aventure. A contre-coeur, la Présidente, Claire, a du mettre au vote la dissolution de l’association.

Cette désaffection est aussi le résultat d’épuisements du fait d’oppositions internes. Pour Claire, Laurent et Antoine, les derniers membres du bureau : « Ceux qui nous ont encouragé au départ n’ont pas tenu leur promesse ». Ce défaut de solidarité a entraîné les membres de l’association dans le stress et la fatigue jusqu’au jour de la dernière marche des fiertés. « Produire un tel évènement est très prenant. Votre vie privée en prend un coup. Une équipe soudée est indispensable pour réussir » nous précise Laurent.
Aujourd’hui, les fondateurs de Normandie Pride n’ont plus cette assurance de solidarité et personne ne souhaite prendre la suite.

Rouen : dissolution de Normandie Pride. Quel avenir pour la marche des fiertés en 2019 ?

Pour Laurent, vice-président de Normandie Pride : « Mon espoir est que des volontaires reprennent ce projet sur Rouen. Nous sommes prêt à conseiller une nouvelle association qui s’engagerait dans la même démarche que la notre ». Mais pas à n’importe quel prix. Il précise : « Nous ne sommes pas prêt à ‘vendre’ Normandie Pride à des personnes qui pourraient saper notre travail de trois ans. Cela nous dérangerait. Là nous disons non ! ». En clair, l’équipe sortante tient à ses principes fondateurs : une marche des fiertés dite apolitique, ouverte à tous notamment sur les commerces et les associations, alliant le festif et les revendications.

Déceptions…

Mais les raisons de la disparition de Normandie ne sont pas seulement internes à la structure.

Rouen : dissolution de Normandie Pride. Quel avenir pour la marche des fiertés en 2019 ?

Selon les derniers survivants de l’association : « Normandie Pride a été accusée de faire du Pinkwashing, c’est à dire que des commerces auraient utilisé la marche pour se donner une meilleur image dans la communauté LGBT, c’est absurde ». Normandie Pride rappelle que la marche a été un succès grâce au soutient de 38 commerçants rouennais. « Sur un budget d’environ 20000 euros, ces derniers ont financés les deux-tiers de la manifestation, ce qui a permis d’accueillir des concerts et le succès de la marche que l’on connaît. Sans eux, tout cela n’aurait pas pu se concrétiser » nous précise Antoine, le trésorier.

Par ailleurs, les membres fondateurs de Normandie Pride regrettent l’absence d’élan fédérateur avec les autres associations. Claire, Laurent et Antoine, les trois derniers membres de l’association regrettent des comportements « qui les ont déçus. »

Rouen : dissolution de Normandie Pride. Quel avenir pour la marche des fiertés en 2019 ?

Le 16 juin dernier, Normandie Pride a déploré les tentatives de récupérations politiques de la marche des fiertés. Lors de la marche, un petit groupe de manifestants avait déployé une banderole hostile aux forces de l’ordre, bloquant à plusieurs reprise la progression de la marche. Normandie Pride n’a pas digéré cette action : « nous savons que des militants LGBT ont cautionné ces actes de radicalisation alors que nous leur faisions confiance ».

Étrangement, lors de l’Assemblée Générale, aucune association n’était présente, exceptée Enipse, et aucune n’a transmis de message à la Présidente. Le malaise était palpable.

Dans ces conditions et même si le succès était au rendez-vous en 2017 et 2018, l’aventure s’arrête.

Rouen : dissolution de Normandie Pride. Quel avenir pour la marche des fiertés en 2019 ?

Quel avenir pour 2019 ?

L’idée de mettre en sommeil l’association pendant un an a été évoquée mais ce scénario n’a pas été retenu. Des membres ont également suggéré d’organiser un stand inter-associatif lors de l’Armada en juin 2019, un évènement plus léger qu’une marche avec concert, pour pouvoir attendre 2020 avec un grand évènement et reprendre des forces. Cette solution n’a pas été acceptée.

Normandie Pride aurait signé un contrat avec la société Connection qui est propriétaire des noms « pride, gaypride… » en France. La Présidente a précisé « nous nous sommes engagés à mettre en place une marche dénommée ‘Normandie Pride’ chaque année pour pouvoir continuer à utiliser ce nom. Nous ne pouvons pas nous permettre de ne rien faire l’année prochaine, ni de se contenter d’un stand… alors si on ne peut rien organiser, nous devrons arrêter. » 

Rouen : dissolution de Normandie Pride. Quel avenir pour la marche des fiertés en 2019 ?

Laurent le vice-président de Normandie Pride, espère que « l’annonce de la dissolution de l’association créera un électrochoc dans le milieu LGBT et que de nouveaux volontaires reprennent la main ». 

Les prochains mois seront décisifs mais il est peu probable qu’un tel scénario alliant commerces et associations se réalise, du moins dans la configuration que Rouen a connu ces deux dernières années. Cette dissolution pourrait laisser des traces.

La nature ayant horreur du vide… il est vraisemblable que des initiatives se mettent en place pour 2019. La marche des fiertés sera sans doute moins festive et plus politique. Nous entendons déjà des associations LGBT vouloir remettre en place une manifestation plus politisée ou du moins plus revendicative que les deux dernières éditions, comme celle de Caen. De plus, les élections européennes (2019) et municipales (2020) influenceront les initiatives locales dans ce sens.

Mais mobiliser le tissu associatif rouennais a toujours été difficile. Volonté il y a certainement… mais volontaires il faudra trouver…

Pour aller plus loin

reportage de la pride 2018 à Rouen
reportage de la pride 2018 à Caen
relire article sur Normandie Pride en 2017
relire article création de Normandie Pride en 2016

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