Un jeune cherbourgeois, Vincent Delareux, publie son premier roman LGBT, « Les Corps étrangers »

À dix-huit ans, Louis n’a encore jamais aimé. C’est en se rendant sur un forum qu’il rencontre Julien et doit se rendre à l’évidence : il est homosexuel. Voici le début du roman de Vincent Delareux âgé de 23 ans, habitant Cherbourg.

Vincent Delareux, auteur roman LGBT
(Vincent Delareux, auteur)

Avec son livre « Les Corps étrangers », Vincent Delareux signe un premier roman coup de point. Un livre très fort qui nous plonge dans le coming out et le rejet… mais qui enseigne la tolérance.

« Les questions se bousculent dans la tête de Louis et sa vie bascule : comment l’accepter et l’annoncer à ses parents ? Comment réagir face au rejet ? « 

Coming out, identités, normes ?

« De son côté, le personnage de Julien va faire lui aussi l’expérience du bannissement. Contraint de quitter le domicile parental, il va frôler le danger… et côtoyer la mort. »

Dans la tourmente d’une course contre la montre, Vincent Delareux aborde sans détour les questions d’identité, de norme, mais aussi d’errance…

Rencontre avec Vincent Delareux, auteur

Gayviking : A 23 ans, que faites-vous dans la vie ?

Vincent Delareux : Je travaille dans un magasin bio, près de Cherbourg. Mais durant mon temps libre, je me consacre à la littérature. Mon objectif est de m’épanouir dans ce domaine. Mon idéal – et c’est celui de beaucoup d’auteurs – serait de pouvoir en vivre. J’espère que ce jour viendra !

Portrait V. Delareux
(photo : Vincent Delareux)

« Les corps étrangers » est certes un roman mais finalement, n’est-ce pas un bout de votre histoire ?

Vincent Delareux : Certains disent que dans un premier roman, on parle surtout de soi. Mais n’est-ce pas le cas dès lors que l’on écrit un livre ? Dans toute œuvre figure un fragment de son créateur. Les Corps étrangers ne relate pas mon parcours ; c’est une fiction. En revanche, je suis parti de mes ressentis et de mes réflexions personnelles pour bâtir ce récit. Le rejet, la souffrance, la normalité (ou l’anormalité !) sont des thèmes que je connais.

Pourquoi ce titre « corps étrangers » ?

Vincent Delareux : Pour plusieurs raisons… D’abord, un corps étranger est un objet qui obstrue les voies respiratoires. À ce titre, il est dangereux, voire mortel. Or, c’est cela que ressentent les personnages de mon roman : un étouffement. Leur homosexualité leur « reste en travers de la gorge », elle leur pèse et les empêche de vivre pleinement.

« Accepter son orientation »

D’autre part, il y a l’« inquiétante étrangeté » (ainsi que l’appelait Freud) : il arrive que l’on ne se reconnaisse pas dans le miroir. On observe notre reflet, mais notre cerveau a du mal à réaliser que ce visage est le nôtre. Il y a dissociation entre le corps et l’esprit.

coming out
(photo de Jose Pablo Garcia d’Unsplash)

De la même façon, un individu peut grandir en se croyant hétérosexuel, en se forgeant une identité « erronée » (le fameux refoulement…) puis, un jour, il finit par accepter sa véritable orientation. Ce passage peut s’avérer violent. Du jour au lendemain, notre identité est bouleversée. On se redécouvre, on évolue de l’intérieur… mais vu de l’extérieur, on n’a pas changé. On peut donc ne plus se reconnaître dans la glace. Notre corps nous paraît étranger.

« En parler pour exister ! »

Si on vous dit que votre roman est violent… ?

Vincent Delareux : J’espère bien qu’il est violent… Autrement, ce serait un échec. La réalité est brutale, le rejet fait souffrir. Je ne conçois pas d’écrire quelque chose d’édulcoré pour traiter ce sujet. Il faut que ce soit brut : c’est une nécessité si l’on veut frapper les esprits et les sensibiliser. Qualifier mon roman de violent équivaut à le complimenter.

Après avoir publié votre livre : est-ce une délivrance pour vous ? Et votre mère, votre compagnon, vos proches qu’en pensent-ils ?

Vincent Delareux : Mon entourage a lu mon livre et l’a aimé. En l’écrivant et en le publiant, j’ai voulu élever la voix ; revendiquer tout haut ce que l’on m’a prié de taire, il y a des années. Demandez-moi le silence, vous aurez tout l’inverse : je ne supporte pas les non-dits. Il faut parler pour exister.

Ne pas se cacher toute sa vie

Conseillerez-vous à une personne de faire son coming-out aujourd’hui ?

Vincent Delareux : Le coming-out est une perspective effrayante pour beaucoup de jeunes (et c’est sans doute encore plus angoissant pour les moins jeunes). Le rejet est encore trop présent, même si cela évolue doucement. Quoi qu’il en soit, on ne peut pas vivre pour contenter son entourage. À la suite de notre coming-out, nos proches mettront peut-être un peu de temps à accepter. Dans ce cas, ce sera un mauvais moment à passer. Mais cela vaut mieux que de se cacher toute sa vie, incontestablement.

premier roman LGBT, « Les Corps étrangers »

Avez-vous pensé à vous investir dans une association LGBT locale ?

Vincent Delareux : J’y ai pensé et on me l’a suggéré dernièrement. Cela étant, entre le travail et mes projets personnels, m’investir dans une association semble compliqué. Je pense cependant reverser une partie de mes droits d’auteur à l’association Le Refuge. Affaire à suivre !

Quels sont vos projets d’écriture ?

Vincent Delareux : Je viens de publier mon second roman, Le Cas Victor Sommer, en auto-édition. Pour l’instant, il n’est disponible qu’au format numérique.
Je travaille actuellement sur l’écriture d’un troisième roman. Il ne s’agit plus d’homosexualité, mais on retrouve toujours les thèmes qui me sont chers : revendication de son identité, besoin d’exister, rapport aux parents, difficultés psychologiques… Autour de moi, on me dit que je réussirai dans l’écriture un jour. J’ai envie d’y croire et je ferai tout pour. Je n’ai pas écrit mon dernier mot !

Où trouver ce livre ?

« Les corps étrangers » de Vincent Delareux (éditions ipagination) : 17 € (prix éditeurs, version papier et ebook 5,99 €.

 

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