À Rouen, une nouvelle scène drag s’apprête à lever le rideau. Imaginée par l’artiste rouennaise Tresha Dollaj, La Velour Rouge entend offrir à la ville un espace cabaret libre, inclusif et résolument engagé. À quelques semaines de sa première édition, prévue le 21 mars 2026, elle revient sur la genèse du projet, son parcours dans le drag et ses ambitions pour faire vibrer la scène queer normande.
Gayviking : La Velour Rouge se présente comme un “véritable espace d’expression” pour le drag et le cabaret à Rouen. Quel manque vous a donné envie de créer cette soirée ?
Tresha Dollaj : Cela fait maintenant 3 ans que je fais du drag à Rouen, et c’était vraiment compliqué de trouver des lieux capables d’accueillir des drags et des créatures, et de rassembler une vraie communauté autour du drag. Malgré plusieurs essais, les quelques soirées que j’ai organisées ont été assez difficiles, car le public ne venait pas souvent… En juillet dernier, nous avons eu zéro personne qui avait pris des places sur la billetterie d’un événement, et nous avons été contraints d’annuler.

En octobre 2025, j’ai eu envie de relever le défi encore plus fort, avec cette force de continuer à me battre et de ne rien lâcher, pour proposer un véritable espace d’art et d’expression à travers ce qui m’anime le plus : le cabaret. C’est là que l’idée de La Velour Rouge est née. J’ai cherché un lieu, économisé de l’argent et pris contact avec des artistes pour monter ce projet. Et maintenant, il est enfin prêt à être montré au public en mars 2026 aux Mots Éphémères à Rouen ! À l’heure où j’écris ces mots, nous avons déjà vendu presque 75 % de la billetterie, ce qui est énorme pour un petit projet queer indépendant, sans aide, à Rouen : une grande victoire pour moi !
Vous portez ce projet en tant qu’artiste drag rouennaise. Comment est née Tresha Dollaj ?
Tresha Dollaj est née il y a 3 ans… enfin 3 ou 4 ans, le temps passe vite ! En réalité, elle est née il y a 4 ans, je crois, mais j’ai toujours été attiré par la création et le spectacle depuis tout petit. Je me déguisais, je créais des dizaines de spectacles par an pour ma famille, en changeant de personnages et d’univers. Cette passion pour l’art et le cabaret était là depuis toujours. Mais Tresha Dollaj est officiellement née lors de la soirée des 40 ans de la compagnie Beau Geste, où Dominique Boivin m’a invité à créer un petit numéro. Depuis, je trace mon chemin, de scène en scène, de théâtre en théâtre.
Je teste plein de choses, j’explore de nouveaux numéros, je découvre des villes formidables et des artistes incroyables ! J’ai eu la chance de performer plusieurs fois à Lille, récemment à Cherbourg, où la scène drag se développe de plus en plus, et j’ai plein de belles choses prévues pour les mois à venir.
La puissance du Drag 100% Normand

La première édition réunit de nombreux artistes, comment avez-vous pensé cette programmation et quelle ligne artistique souhaitez-vous défendre ?
Pour cette édition, j’ai voulu mélanger des univers différents en mettant en avant du drag, mais aussi d’autres artistes qui viennent tous, à la base, de Normandie (même si certains habitent maintenant ailleurs). Je voulais un cast complètement normand pour montrer la puissance du drag normand. On retrouvera Romzyy, une chanteuse rouennaise que j’ai découverte récemment et dont les textes m’ont profondément touché. Puis des artistes drag avec qui j’ai déjà partagé la scène et que je devais absolument inviter pour cette première édition : La Gorgone, Courcheval et Nowah Superstar, que j’apprécie énormément, et France Garce, qui débute dans le drag.
À travers La Velour Rouge, je veux aussi donner l’opportunité à des artistes qui commencent leur parcours de s’exprimer. France Garce est absolument phénoménale et je pense que le public rouennais n’est pas encore prêt pour ses performances !
Vous décrivez la soirée comme “inclusive, bienveillante et engagée”. Concrètement, que signifie cet engagement dans le contexte actuel ?
Pour moi, il est primordial de défendre l’art, le drag et le cabaret. C’est ce qui me fait vivre… pas financièrement, mais mentalement. L’art du spectacle est essentiel aujourd’hui, surtout face à la montée du fascisme et de l’extrême droite. Il est important d’avoir des espaces où l’on peut oublier les mauvaises nouvelles et les informations horribles des médias. Face à des politiques extrêmes, il faut continuer à se battre pour ne pas perdre nos droits et nos libertés. La Velour Rouge est un espace où chacun peut se sentir à sa place, sans jugement, et où l’on propage un maximum d’amour !

Souhaitez-vous inscrire cette scène dans la durée et participer à structurer une véritable culture cabaret drag à Rouen ?
Mon ambition est grande, peut-être parfois trop grande… J’ai plein d’envies et d’idées ! Déjà faire une deuxième édition, puis une troisième, et peut-être une quatrième ! Je veux faire évoluer La Velour Rouge avec un public encore plus grand et en faire une référence en termes de soirée cabaret à Rouen. Mais pour ça, j’ai besoin du public, parce que c’est grâce à lui que tout ça est possible. Ça demande beaucoup de temps, de travail et d’énergie, mais de l’énergie, j’en ai à revendre pour mon amour du cabaret et du drag ! J’ai hâte d’écrire la suite et de retrouver le public pour cette première édition du cabaret La Velour Rouge en mars prochain !
+pour aller plus loin
Compte Instagram La Velour Rouge et de Tresha Dollaj
Première soirée à Les Mots Éphémères (Rouen rive gauche sur les quais), le 21 mars 2026 à 21h30 (infos et billetterie).
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