“Nous étions visibles” : comment Granville a fait naître sa marche des fiertés

A Granville, les initiatives LGBT+ ne se contentent plus d’exister : elles s’organisent. Ce qui n’était, l’an dernier, qu’une mobilisation spontanée de commerçants engagés pour inscrire la ville dans le Mois des fiertés s’est transformé en un projet structuré, ambitieux et désormais associatif. Dans un territoire souvent perçu comme périphérique des grandes dynamiques militantes, la future première marche des fiertés du 6 juin 2026 marque une étape symbolique et politique. Elle interroge la visibilité, l’inclusion et la place des personnes LGBT+ dans le sud-Manche.

Rencontre avec celles et ceux qui veulent faire bouger les lignes : Guillaume Légaré – secrétaire et – Najib Moret – président de Granville Terre et Fière.

Gayviking : L’an dernier, vous étiez un collectif de commerçants mobilisés pour une journée des fiertés à Granville. Qu’est-ce qui vous a poussés à transformer cette initiative ponctuelle en association structurée ?

Guillaume : En 2025, je n’étais pas dans l’organisation de la journée des fiertés, mais j’étais présent à la première édition. Lors de l’événement, les gens se sont rassemblés petit à petit dans la rue et, soudainement, nous étions tous et toutes visibles, et ça m’a donné envie de faire sens dans la communauté ici. Personnellement, c’est le besoin de socialiser, de se réunir qui m’a poussé à rejoindre le groupe. Lorsque j’ai vu l’invitation à rejoindre l’organisation publiée par Najib Moret sur Instagram, j’ai senti que c’était le bon moment de m’engager. Je pense donc que c’est dans l’idée de donner de la continuité à la première édition et dans le but d’accéder à des moyens plus concrets que l’association Granville Terre et Fière s’est structurée.

Najib : Effectivement, l’année dernière, nous étions un collectif à effectif réduit et, très clairement, nous nous sommes fait surprendre ! L’engouement, la présence des gens, l’envie de célébrer ensemble… il nous fallait rendre tout cela plus concret.

Marche des Fiertés
(photo Granville Terre et Fière – 2026)

Sur la première édition, y a-t-il eu un moment ou une réaction du public qui vous a convaincus qu’il fallait aller plus loin ?

Guillaume : Je pense que l’une des réactions du public à la première édition fut de constater notre propre mise en lumière ! Ce sont notamment Najib Moret, Stéphanie Queguiner et Frédérick Rivera qui ont fait les premiers pas. D’ailleurs, Frédérick a installé le premier drapeau LGBT+ sur la façade du restaurant Les Grands Vilains. C’était très courageux et j’étais hyper enthousiaste à l’idée de voir ce drapeau flotter sur Granville ! Également, Stéphanie Queguiner a donné une lecture publique depuis le balcon du restaurant. Ensuite, Najib a animé à Selene un atelier-débat sur la découverte de la sexualité et la prévention sexuelle, accompagné de Walli Ménard, délégué·e territorial·e à l’association Le Refuge rejoignant l’association lors de sa création officielle en janvier 2026. C’est l’enthousiasme autour de ces moments fédérateurs qui nous a motivés à aller plus loin.

Najib : Bien sûr, je dirais que le sourire, la bienveillance des familles, des couples seniors ou encore des jeunes qui dansaient sous la pluie ce jour-là et, malgré les soucis de sonorisation que nous avons rencontrés, c’était limpide : nous étions nombreux et nombreuses à vouloir nous rassembler sous les mêmes couleurs.

couple gay
(photo CanvaPro – S Perez Novel)

Pourquoi organiser une marche des fiertés à Granville ? En quoi une Pride est-elle encore nécessaire dans un territoire comme le sud-Manche ?

Guillaume : J’ai vécu toute ma vie d’adulte dans les grands centres urbains et je suis arrivé à Granville après la pandémie. J’adore cette ville et sa proximité avec la mer. Mais, au bout d’un moment, la solitude peut se faire sentir pour les personnes LGBT+, et l’idée d’un projet communautaire est devenue pour moi incontournable. Même si Granville est une ville qui bouge, avec de nombreuses opportunités culturelles et sportives, l’aspect traditionnel et hétéronormé est très présent. Je crois que c’est vraiment dans l’idée de briser les codes et de militer pour un monde plus inclusif que la Pride est nécessaire. Une fois par an, c’est le minimum !

Comment définiriez-vous la réalité vécue par les personnes LGBT+ à Granville et dans ses environs ? Y a-t-il, selon vous, des spécificités liées au contexte local ?

Guillaume : Le tissu associatif est très dense à Granville. On y compte 175 associations répertoriées pour une population d’environ 13 000 habitants. Donc les opportunités de socialiser sont nombreuses, mais peu inclusives. Personnellement, à la fin de la quarantaine, je suis bien dans mes choix et j’assume mon orientation sexuelle. Mais un vrai défi existe pour les plus jeunes personnes LGBT+ sur le territoire de la Manche : beaucoup quittent la région pour les grands centres. Ceux et celles qui restent n’ont pas les mêmes opportunités. Ici, les besoins de créer du lien social sont énormes, car on ne fait pas seulement face aux discriminations, mais aussi à l’isolement, voire au rejet. Nous souhaitons donc faire vivre Granville d’une autre manière, plus ouverte, dans un esprit d’inclusivité, en créant du lien et en proposant des ressources.

Marche des fiertés
(photo CanvaPro – plage de Gouville)

Najib : D’après nos observations, il existe à Granville une réelle communauté qui vit très bien en harmonie avec la population. Cependant, elle est sous-représentée et personne ne sait réellement comment créer du lien. Comme vous le savez, le combat pour nos droits reste permanent, et nous l’avons une fois de plus constaté via la dégradation homophobe sur les murs du cinéma.

Comment les institutions locales ont-elles réagi à votre projet de marche des fiertés ?

Guillaume : J’ai personnellement rencontré l’équipe de la mairie de Granville et j’y ai trouvé des alliés. Nous bénéficions pour l’instant d’un accompagnement motivé et bienveillant. Nous pourrons certainement faire une demande de financement l’année prochaine ! Concernant les acteurs économiques, principalement sur la rue des Juifs, la réaction est très positive. Il faut dire qu’aujourd’hui, les événements fiers sont de plus en plus nombreux et fédérateurs de nouvelles réalités. Une ville perçue comme ouverte et inclusive attire davantage, que ce soit pour y vivre, y travailler ou la visiter. C’est aussi bénéfique pour l’image de Granville de soutenir des projets fiers !

Au-delà de l’aspect festif, quels messages souhaitez-vous porter à travers cette première marche ? 

Guillaume : La visibilité est certainement un aspect important. Granville est une ville de contraste. D’une part, haute en couleur par le grand nombre d’artistes et de personnalités qui la composent. D’autre part, c’est le plus grand port coquillier de France, avec un nombre important d’entreprises dans le domaine du bâtiment et du tourisme. Donc, en premier lieu, pour la communauté LGBT+, je pense que l’aspect du rassemblement importe beaucoup. La communauté a besoin de s’exprimer pour exister. Ensuite, la question du pourquoi et du comment on milite est incontournable, puisque les discriminations existent. Comme notre association, tout juste née, ces questions se posent encore. Pour moi, c’est simple : manifester notre existence est la première étape vers le rayonnement de la communauté LGBT+ de Granville et l’acceptation de nos différences.

Pride à la plage
(photo CanvaPro – Vetrestudio)

Comment souhaitez-vous que cette Pride s’inscrive dans la durée ? Est-ce le début d’un rendez-vous annuel et d’actions tout au long de l’année ?

Guillaume : Oui ! Nous souhaitons que notre Pride (intitulée Rues des Fiertés) soit un rendez-vous annuel, mais également organiser des événements toute l’année, des activités diverses, par exemple en partenariat avec l’association Le Refuge ou au cinéma Le Sélect avec des ciné-débats. D’ailleurs, nous souhaiterions organiser un festival du cinéma queer à Granville. Enfin, en plus de nos réunions, nous organisons des pique-niques et des apéros pour multiplier les occasions de faire du lien social.

Quel message aimeriez-vous adresser aux habitants qui hésitent encore à participer, ou à ceux qui pensent que “ce n’est pas nécessaire ici” ?

Guillaume : Si les personnes LGBT+ sont encore ciblées en France en 2026, c’est qu’il y a toujours nécessité d’agir. Personnellement, j’observe que le paysage politique et médiatique en France manque cruellement de diversité. Donc le message que nous adressons est que la visibilité et l’inclusion ne sont jamais acquises. Tout le monde porte en soi une identité singulière et, pour exister complètement, les allié·e·s sont indispensables.

Najib : On aimerait dire à nos voisin·e·s, ami·e·s, collègues que la marche des fiertés n’est en aucun cas « un défilé provoquant » ou autres clichés véhiculés par l’extrême droite, mais bien plus le rassemblement de valeurs communes.
Car si l’amour nourrit votre cœur chaque jour pour vivre en harmonie avec les autres et bannir l’intolérance et l’exclusion de nos différences, alors c’est l’occasion de venir marcher ensemble le 6 juin, pour notre visibilité, pour nos droits et pour rappeler à chacun·e que, dans ce monde empli de guerres et de haine, nous avons choisi l’amour.

 

Programme 2026 du weekend des fiertés à Granville

Vendredi 5 juin – Soirée d’ouverture
20h – 22h30 au Cinéma Le Sélect. Ciné-débat : Des Preuves d’Amour En partenariat avec l’association Le Refuge, ce film aborde des thèmes forts et sera suivi d’un débat avec le public. Un moment d’échange et de réflexion pour bien lancer le week-end !

Samedi 6 juin – Journée solidaire de 14h à19h, Village Associatif. Chez Maguie (espace extérieur), square Pléville. Ateliers de sensibilisation et distribution de documentation. Animation musicale

14h30 – Rassemblement Rue des Juifs. Point de départ en bas de la rue des Juifs. Accueil des participant·es : Distribution de drapeaux LGBT+, informations sur les associations, et ambiance musicale pour se préparer à la marche !

15h – 16h. Marche des Fiertés. Parcours festif et symbolique

19h – 22h. Chez Maguie (square Pléville), puis relais chez Fusion (97 rue des juifs). Soirée de clôture : DJ sets et performances drag (artistes à venir) pour danser et célébrer ensemble !

Pour aller +loin

L’association Granville Terre et Fière sur Instagram
Et aussi sur le réseau Facebook.
Leur site internet. Contact par mail : granvillefiere@gmail.com

Si vous souhaitez aider à la Pride 2026 à Granville : lien du financement participatif sur HelloAsso.

 

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