lundi 30 mars 2020

Rouen : l’homophobie ordinaire s’invite à la manif et les militants rigolent…

C’est une tirade homophobe que nous entendons régulièrement. Cette fois elle vient de la gauche. Ce jeudi, lors de la manifestation pour les retraites, l’homophobie ordinaire refait surface… et les responsables politiques rigolent.

Rouen : l’homophobie ordinaire à la manifestation

Tout a commencé par un direct sur le réseau social facebook. Le candidat de la France Insoumise aux municipales à Bolbec en Seine-Maritime, Rachid Chebli, filme la manifestation. Il est venu spécialement à Rouen. Avec lui des militants syndicaux et des alliés politiques.

Le journal Paris-Normandie révèle l’affaire au grand jour avec une capture vidéo.

Un direct qui dérape

Sur son compte facebook, le direct de Rachid Chebli dérape. Il interroge une militante ou sympathisante du syndicat Force Ouvrière.

Il lui demande “Vous voulez dire quelque chose au président ?”.

Sa réponse est cinglante : “Grosse pute ! Homosexuel !”.

Puis elle ajoute “tout le monde le sait qu’il est homosexuel”. L’allusion à l’homosexualité d’Emmanuel Macron, une fake news, date de la compagne électorale de 2017.

Le cameraman-candidat Rachid Chebli est hilare. Les militants de la France Insoumise autour de lui le sont également.

Sans vraiment y croire, il réplique un peu tardivement, tout en rigolant : “S’il vous plaît, pas de propos homophobes. Je vais avoir des problèmes avec le président”.

Mais son interlocutrice ajoute : “Vous n’avez qu’à appeler la SPA (société protectrice des animaux, ndlr)”. Le Conseiller municipal de Bolbec continue de rire…

Capture vidéo de Frédéric Borghino, journaliste à Paris-Normandie(il n’est pas l’auteur de la vidéo, c’est une reprise de la vidéo du candidat Rachid Chebli diffusée sur facebook).

Une faute politique

Naturellement, tous les manifestants qui ont défilé sur le pavé rouennais n’ont pas d’intentions homophobes. A cet égard, le secrétaire général du syndicat FO, Yves Veyrier, a déclaré sur Twitter que les propos proférés étaient à l’opposé des valeurs du syndicat.

Mais la vidéo d’aujourd’hui va plus loin. Elle met en évidence une vraie faute politique.

Cette séquence met en évidence le comportement inadmissible et dérangeant des élus et des candidats.

Comment peut-on rire d’une telle situation ? Comment des personnes qui aspirent au fauteuil de Maire peuvent-ils laisser exprimer cette homophobie, sans réagir ?

Interrogé par Paris-Normandie, le conseiller municipal, Rachid Chebli, se défend pourtant de toute homophobie :”Je condamne les propos, c’est l’attitude qui m’a fait rire. Je ne suis pas homophobe. J’ai été surpris”. Le rire était pourtant bien (trop) long…

De son côté, Lionel Descamps, le candidat de la France Insoumise à la ville de Rouen, était également avec Rachid Chebli. Même s’il a rigolé, il regrette dans Paris-Normandie “que Rachid n’ait pas coupé tout de suite la vidéo” et met en avant ses “combats quotidiens contre ce fléau”.

Enfin, on rappellera à tous les candidats que l’homophobie est un délit en France. De la faute à la complicité, il n’y a qu’un pas.

Homophobie à Dieppe

La sodomie et l’homosexualité comme insulte !

En décembre dernier, lors des premières manifestations, le magazine Têtu avait consacré un sujet sur l’homophobie dans le monde syndical. L’insulte homophobe est considérée comme l’insulte suprême contre les puissants.

Le sociologue, Nicolas Framont, expliquait que dans “la lutte sociale, la métaphore de la sodomie est très répandue. Ce sont les ressorts classiques de l’homophobie : on va voir la sodomie ou la fellation comme marque de la soumission ultime au gouvernement, au patronat ou aux flics.”.

Comme on peut le voir dans cette vidéo de France 3 prise ce jeudi 9 janvier à la 55e secondes…

Des tensions entre manifestants et forces de l’ordre ont éclaté dans Rouen. Un homme de 61 ans a été blessé à la tête. Il aurait reçu un coup de matraque par un policier. Les esprits étaient échaudés. Lors d’une confrontation, une manifestante lance aux policiers “pédés, bande d’enculés !“.

(Vidéo France 3 : à la 55ième secondes).

Comme au foot..

Cette situation n’est pas nouvelle dans les mouvements sociaux :
En novembre 2018, un élu de Bourg-en-Bresse s’est fait prendre à partie avec son compagnon sur un barrage des gilets jaunes : “je le reconnais, c’est un pédé”. Leur twingo a été endommagée.
En décembre dernier : une vidéo montrait des grévistes lancer des insultes homophobes à un chauffeur de bus : “Sale pédé ! Enculé ! Suceur de bites ! “.

La situation est similaire aux stades de foot où les propos homophobes et sexistes sont tout autant insupportables.

Aussi cette homophobie ordinaire n’est pas à prendre à la légère. Ces mots infériorisent l’homosexualité. Ces mots ont un impact sur les personnes LGBT. Ils peuvent blesser et rejeter les personnes. C’est pourquoi la formation des militants est essentielle. La CGT et la CFDT ont déjà organisé des formations ou sensibilisations à cette situation. Ces actions mériteraient d’être amplifiées rapidement.

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