Paris, le Centre Pastoral Saint-Merry n’accueillera plus les LGBT

Paris Ile de FranceC’était le symbole d’un catholicisme d’ouverture. Le Centre Pastoral Saint-Merry accueillait des chrétiens homosexuels, au-delà des conventions catholiques. Mais l’archevêque de Paris, Mgr Michel Aupetit, en a décidé autrement. Le Centre de la paroisse Saint-Merry dans le 4ème arrondissement ferme ses portes. En cause : des désaccords entre ecclésiastiques et laïcs.

Saint Merry intérieur
(Photo Centre Pastoral Saint-Merry)

Baptême d’enfants de couples LGBT

Depuis 1975, c’est une expérience peu connue à Paris et sans doute en France. L’église Saint-Merry est à proximité du centre Georges-Pompidou au croisement des rues Saint-Martin et de la Verrerie. Dans ce quatrième arrondissement un catholicisme progressiste accueillait des chrétiens homosexuels, des migrants, mais aussi des couples remariés. On pouvait voir des couples LGBT faire baptiser leurs enfants.

Dans une Église en crise, ce Centre Pastoral permettait de renouer les liens avec ceux qu’elle a laissé de côté. Être homosexuel dans cette église ne posait pas de problème. La visibilité était réelle. D’ailleurs, une fois par mois, l’association LGBT Chrétienne, David et Jonathan, pouvait organiser un moment de prière.

En somme, la paroisse Saint-Merry était un laboratoire expérimental pour la religion catholique dans la continuité du Concile de Vatican II. Un test. En son sein, le Centre Pastoral préparait l’Église à s’ouvrir au monde. Sous l’autorité de l’archevêque de Paris, ce Centre était géré en co-responsabilité par des laïcs et des hommes d’Eglise. Les laïcs s’impliquaient fortement dans la préparation des liturgies de la messe et des prêches.

Désaccords entre les fidèles et les prêtres

Mais dans une lettre datée du 7 février dernier, l’archevêque met un coup d’arrêt à ces activités. Il décide de fermer le Centre. Les autorités ecclésiastiques reprochent aux laïcs « la méchanceté, l’absence de charité et la volonté de détruire » les prêtres de la paroisse Saint-Merry.

Il est vrai que cette cogestion a toujours fait l’objet de grands débats. Et des désaccords entre les fidèles et les prêtres ne pouvaient être évités. En trois ans, deux prêtres ont démissionnés. Face aux conflits, le dernier curé de l’Eglise, Alexandre Denis, a démissionné le 11 janvier. La façon de célébrer la messe semble avoir été source de conflits entre les laïcs et le prêtre. Les premiers défendaient une « liturgie vivante et moins sclérosée ».

Eglise Saint-Merry
Eglise Saint-Merry

Dans le journal Le Parisien, Anne René-Bazin, en charge de la communication au Centre Pastoral reconnaît les faits. Elle estime « qu’il y a des choses à améliorer dans le fonctionnement du lieu ». Mais elle juge la fermeture disproportionnée : « pour un petit nombre qui pose problème, on arrête tout ? » déclare-t-elle. Elle regrette la vision verticale et hiérarchique de l’Eglise.

Réactions et émotions

A la suite de cette fermeture, des membres du Centre Pastoral ont pris la plume sur le site internet de l’Eglise Sainte-Merry avant que la page ne disparaisse ce mercredi : « Si certains des membres du centre pastoral ont pu exprimer avec véhémence leurs désaccords avec le père Alexandre Denis, nous tenons à vous dire que cela ne reflète en rien l’opinion de la majorité de notre communauté ».

Cette fermeture a suscité une grande émotion dans le milieu catholique parisien. Une pétition est diffusée sur le web appelant à réouvrir le Centre Pastoral. La pétition réunit déjà 11800 signatures.

L’association LGBT Carrefour des Chrétiens Inclusifs regrette cette décision. Elle dit : « nous ressentons cette suppression comme une injustice. » Elle témoigne de l’utilité de ce Centre Pastoral : « Le monde LGBT y a trouvé un accueil fidèle et chaleureux depuis de nombreuses années à l’occasion du 1er décembre en mémoire des victimes du Sida, du 17 mai pour la journée mondiale contre l’homophobie, et du jour de la Marche des Fiertés ». Enfin, l’association souligne le soutien apporté par le Centre aux personnes LGBT lors du débat sur le mariage pour tous, « reçues avec respect et amitié ».

Le Diocèse fait savoir dans le journal Le Monde que « cette décision n’est pas subite mais qu’elle a au contraire été précédée de nombreux échanges avec les intéressés depuis dix-huit mois. »

Une expérimentation qui doit vivre

Pietro Pisarra, membre du Centre Pastoral souhaite son maintient. Il commente dans le quotidien La Croix : « Saint-Merry est un exemple de l’Église dont parle le pape François. Ce projet n’est pas périmé, au contraire, il faut davantage de lieux comme celui-ci ! ».

Toujours dans le journal La Croix, François Euvé, théologien jésuite, espère que l’expérience Saint-Merry pourra se poursuivre ailleurs. « C’est normal que dans des expérimentations, il y ait des erreurs, des tâtonnements. Mais ces lieux de parvis sont essentiels dans l’Église. »

Il ne faudrait pas croire que Saint-Merry était seulement une église pour les personnes LGBT. Toutes les personnes en marge de l’Église et de ses normes étaient accueillies et écoutées. Finalement, l’existence même de ce lieu atypique démontre que l’Église Catholique a encore besoin de progresser sur les questions sociétales et notamment LGBT. Toutes les églises devraient être des Saint-Merry.

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