TÊTU le pilier de la presse gay de 1995 à 2015

Un magazine qui était devenu incontournable dans le paysage de la presse écrite LGBT en France : TÊTU. Un magazine où sa visibilité s’est démocratisée dans les kiosques avec une publicité désormais apparente sur les présentoirs.
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TETU le pilier de la presse gay de 1995 à 2015

TETU était « le magazine des gays et des lesbiennes » crée en 1995. Il a pris « la suite » du magazine Gai Pied qui est paru de 1979 à 1992. TÊTU était soutenu et financé par la fondation du couturier Yves-Saint Laurent via Pierre Bergé jusqu’en 2013 avec un investissement énergique dans la lutte contre l’homophobie et contre le Sida.
Qualifié par certains comme trop parisien, le magazine ne laissait pas indifférent. TÊTU avait réussi à faire sa place dans la communauté LGBT depuis les années 90.

Sujets non traditionnels

Le magazine offrait un éventail d’articles sur la culture (ciné, musique, livre, arts), mais aussi des informations sur la vie gay en France et dans le monde.
TÊTU mettait en avant une actualité souvent oubliée par les médias traditionnels mais enrichissante avec aussi des reportages et des témoignages sur la vie homosexuelle comme le coming-out, la vie de couple, la vie sexuelle aussi… De nombreuses personnalités de la politique, du spectacle ou du monde sportif ont accordé des interviews au magazine.
Sur l’information du Sida et du VIH, TÊTU éditait chaque année un très bon supplément TÊTU+.
En dehors de son numéro mensuel, le magazine publiait chaque année entre 1 et 2 hors séries : TÊTU Plage en 2001 puis TÊTU Voyage avant de sortir au printemps 2015, un TÊTU Cuisine, son dernier hors série.

Interactions web/papier

christophe-beaugrand-tetu-210En février 2013, après de longs mois d’hésitations, Pierre Bergé décide finalement de vendre le magazine à Jean-Jacques Augier. La vente fut probablement réalisée pour un euro symbolique vues des pertes importantes de la société (CPPD) qui n’a pas su trouver son équilibre sans l’aide de son mécène.
D’importantes restructurations sont alors engagées à cette époque : réduction du personnel et nouvelle formule en juillet 2014. TÊTU récupère un membre de l’équipe de Yagg (Yannick Barbe et débarque le rédacteur en chef Gilles Wullus).

Une fusion non aboutie

Le site web du magazine perd beaucoup d’argent. TÊTU.COM est finalement confié à son principal concurrent sur le web Yagg.com comme acte de sous-traitance. Pendant cette période, l’internaute pense que les deux structures ne font plus qu’une du fait de la présence permanente des deux logos (TÊTU et YAGG) sur le site web. Mais cette coopération prend fin en décembre 2014.
On a pu penser que c‘était une fusion entre Yagg et Têtu qui n’a pas vraiment aboutie à l’époque (ou peut-être non souhaitée). C’est dommage. On aurait pu avoir un média LGBT encore plus fort et pérenne sur le web avec ce soutien mutuel (papier + web) car il y a de grandes qualités journalistiques des deux côtés. TÊTU récrée donc son site web en janvier 2015 mais moins accès sur l’actualité et plus people. Le site fait un carton avec 450.000 visiteurs chaque mois.

Devenu sage…

De son côté, le magazine papier concentre sa ligne éditoriale sur l’actualité gay et lesbienne : beaucoup d’articles, des reportages sur la vie lgbt dans le monde avec des couvertures plus assagis. Le magazine papier conserve néanmoins une partie culture/mode. Début 2015, il lance sa propre application de rencontres gay « So TÊTU » dans un contexte où la concurrence est particulièrement forte avec les leaders de la rencontre sur smartphone comme GrindR et Hornet.
Selon l’OJD, l’organisme qui certifie les chiffres des publications, le magazine TÊTU possédait une diffusion en France d’environ 33.000 exemplaires par mois en 2014 (numéros payés) avec environ 26% d’abonnés.

La fin

tetu_guidomo_4Alors que le magazine fête ses 20 ans de publication (1995-2015), contre toute attente le titre gay est placé en redressement judiciaire le 1er juin 2015 pour une durée de 4 mois.
Le magazine perd toujours de l’argent même si c’est moins qu’avant. L’effectif a été divisé par deux (10 personnes) et les charges sont diminuées de 60%. Cette mise en redressement judiciaire est comme un cri d’alarme où le titre n’arrive pas à faire le poids face aux agences publicitaires qui imposent des tarifs particulièrement bas au magazine. Pour le propriétaire, Jean-Jacques Augier, il a besoin de s’adosser à un grand groupe de presse afin de bénéficier d’une manne publicitaire, denrée qui se faire rare.

Liquidation judiciaire

Mais cela n’a pas suffit. Le 23 juillet 2015, le Tribunal de Commerce de Paris prononce la liquidation judiciaire de TÊTU. Cette décision était inévitable compte tenu de l’absence de toute offre de reprise du titre et de l’aggravation des difficultés financières de son exploitation depuis sa mise en redressement judiciaire. Les dirigeants et le Tribunal n’ont pas pu attendre les quatre mois de redressement
Les 10 salariés sont licenciés.
tetu_guidomo_2La marque TÊTU devrait être vendue à l’automne 2015… et qui sait, le titre pourrait réapparaître sous une autre forme.
En attendant, les journalistes continuent d’alimenter, bénévolement, le site internet pour ne pas perdre la main.
Il n’y a donc plus de presse écrite gay en France, du moins sur l’actualité LGBT.

Conséquence sur la visibilité LGBT

tetu_guidomo3Comme tout média, on peut lui reprocher beaucoup de choses mais c’était un phare d’infos pour la communauté gay et lesbienne, et aussi pour la communauté hétéro. Informer sur l’actu lgbt, dénoncer l’homophobie, nous ouvrir au monde gay à travers la planète, rencontrer les peoples et politiques face aux gays et lesbiennes, et aussi informer sur la lutte du vih…
Beaucoup ne s’en rende pas compte mais on perd beaucoup avec sa disparition. L’information LGBT doit passer par une presse de cette qualité, indépendante et connaissant à la fois son sujet et son lecteur.

Aujourd’hui, Yagg est aussi dans une position fragile. Si Yagg disparaît il n’y aura plus de grand média lgbt en France… et ne comptez pas sur l’AFP ou Facebook pour nous informer… C’est un grand combat que l’on perd. Et sans doute le plus important, celui de la liberté de la presse… donc de notre Liberté tout simplement.

Anciennes couvertures du magazine

(mise à jour 2019 : le magazine renaît avec une nouvelle équipe)

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