« Je suis pas comme ça », un film au coeur de l’homophobie (court métrage)

Deux collégiens harcelés pour une homosexualité supposée. C’est le court métrage « Je suis pas comme ça ». Tourné en Normandie près de Rouen, il parle d’homophobie, de l’acceptation de soi et de notre entourage. La production du film a autorisé Gayviking à le diffuser en intégralité. Le voici, suivi des interviews du scénariste et de l’équipe du tournage.

Ecran film
(Film « Je suis pas comme ça »)

Diffusé dans les établissements scolaires, ce film permettra de sensibiliser et d’engager le débat sur l’homophobie. Apprendre à accepter les différences, tel est son objectif.

Réalisé par l’association Archimède films, ce court métrage est avant tout un travail d’équipe sous la direction de Jean-Claude Guézennec. Avec la participation de jeunes s’intéressant aux métiers du cinéma, le scénario du film est de Sébastien Monod.

Le Film

Réalisé en janvier 2020. Durée : 7 minutes.

 

Interviews

Interview du scénariste, Sébastien Monod, et du directeur général d’Archimède Films : Doltin Baveux.

Sébastien Monod

Sébastien Monod
(Sébastien Monod)

Gayviking : Ce scénario s’inspire de votre histoire personnelle. N’est-ce pas difficile d’écrire sur cette période ?

Sébastien Monod : J’ai en effet puisé dans mon histoire personnelle pour écrire ce scénario. Du reste, ce ne fut pas trop difficile malgré les années, car si les blessures de cet ordre se referment, elles ne disparaissent pas totalement.

Néanmoins, ce ne fut pas douloureux de replonger dans ces années noires. Je vois même plutôt ça positivement : cela m’a permis de prendre conscience de la gravité des situations vécues et de la résilience dont il m’a fallu faire preuve. À l’époque, je n’intellectualisais pas tout cela, je n’avais aucun recul, je vivais le moment, ou plutôt je subissais le moment. Avec fatalisme. Comme le dit la chanson, « Noir, c’est noir. Il n’y a plus d’espoir ». C’était ainsi.

scène de film
(scène du film « Je suis pas comme ça »)

Mais j’en suis sorti, et c’est important pour moi de faire part de mon expérience, qui a été aussi violente que dans le film, afin de montrer aux jeunes, à leurs parents et à la société que cela existe encore aujourd’hui et qu’il y a des détresses insoupçonnées derrière le mutisme d’un adolescent…

« L’homophobie est toujours présente »

Gayviking : Pourquoi avoir voulu collaborer à ce film ?

Sébastien Monod : C’est le réalisateur, Jean-Claude Guézennec, qui m’a demandé d’écrire le scénario. Je n’ai pas hésité une seconde. Jean-Claude était un de mes professeurs quand je faisais mes études de cinéma. Il m’a toujours soutenu. Aujourd’hui, il m’est impossible de lui dire non. Pour autant, je ne l’ai pas fait par obligation, si j’ai accepté, c’est pour faire passer une information : nous sommes au XXIe siècle, et l’homophobie existe toujours.

Gayviking : Au-delà du travail d’écrivain, quelle a été votre place sur le tournage ?

Sébastien Monod : J’avais fini mon travail en écrivant le scénario, néanmoins il me paraissait inconcevable de ne pas rencontrer l’équipe du film et de ne pas assister au tournage de quelques scènes. Mais chacun sa fonction, j’ai laissé les professionnels faire leur boulot, d’autant que le scénario a été respecté tout comme les dialogues. J’ai même été félicité par les jeunes acteurs, certains m’ont même demandé de penser à eux en cas de nouveau projet. Vraiment, tout s’est merveilleusement déroulé !

« faire progresser les mentalités »

Gayviking : La fin du film est inquiétante… Pourquoi terminer ce scénario de cette façon ?

Sébastien Monod : Elle est franchement inquiétante, je l’ai voulu ainsi pour marquer les esprits et questionner. Car, finalement, on ne sait pas ce que cet adolescent va faire : va-t-il réellement passer à l’acte ?

S’il le fait, cela correspond à la réalité, le taux de suicide chez les jeunes LGBT + est supérieur à celui des jeunes hétéros.

S’il ne le fait pas, il a eu l’intention de le faire, cela signifie qu’il y a une vraie détresse, détresse que les parents n’ont pas conscience. Pour autant, je ne jette pas la pierre aux adultes. Moi-même, j’ai failli passer à l’acte, et mes parents n’en ont jamais rien su.

écran téléphone film

C’est le drame des personnes discriminées en raison de leur orientation sexuelle : par peur de la réaction de la mère et/ou du père, ou parce qu’elles ont honte, elles ne peuvent même pas espérer un soutien au sein même de la cellule familiale, car parfois elles y subissent rejet et violence. D’où l’importance de rendre visibles ces situations et de faire progresser les mentalités. Si ce film peut permettre à des ados de se dire qu’ils ne sont pas des cas isolés ou à des parents de se poser des questions sur l’attitude de leur enfant, sa mission sera remplie.

En savoir plus sur Sébastien Monod : son site web 

Doltin Baveux

Doltin Baveux est le délégué général d’Archimède-films. Depuis 1959, Archimède-Films, mène une action en faveur du cinéma auprès des jeunes de la région. Née au sein du lycée Pierre Corneille de Rouen, elle est à l’origine de la section cinéma du lycée, du BTS audiovisuel et de l’actuel Pôle Image de Normandie.

Tournage du court métrage
(photo Sébastien Monod sur le tournage « Je suis pas comme ça »)

Gayviking : Quelle est l’histoire de ce film ?

Doltin Baveux : Le projet général du partenariat Archimède-films / Radio HDR en 2020 est de rassembler des jeunes pour écrire, réaliser et diffuser des courts-métrages sur le thème de la discrimination.
Par l’organisation de sessions de travail régulières, les scénarios sont élaborés collectivement puis tournés grâce à l’expérience professionnelle d’Archimède-films.
Le film « Je suis pas comme ça » aborde l’homophobie. C’est l’histoire d’un jeune qui subit des violences verbales et physiques sur sa prétendue homosexualité. Ses parents ne réagissent pas correctement, et le garçon fait une tentative de suicide. La fin est volontairement ouverte pour engager le débat.

Gayviking : Ce film peut aussi s’adresser aux élèves mais également aux parents ?

Doltin Baveux : Bien sûr, les relations parents / enfants sont primordiales et requises pour régler un problème. Il est préférable que l’ensemble de la famille soit formé.

Scène
(photo Sébastien Monod sur le tournage « Je suis pas comme ça »)

« il n’y a pas de solution toute faite »

Gayviking : Est-ce bien son rôle que vous souhaitez lui donner ?

Doltin Baveux : À travers ce film, nous souhaitons engager la réflexion sur le sujet pour chaque spectateur, car il n’y a pas de solution toute faite.
L’élaboration du film est aussi l’occasion pour des groupes de jeunes aux avis divers de réfléchir ensemble sur un projet commun et par la même occasion développer leur ouverture d’esprit.

Gayviking : Comme dans ce court métrage, avez-vous déjà connu un tel scénario ?

Doltin Baveux : Personnellement, non, mais de manière plus générale la persécution de ceux qui sont différents (couleur de peau, autisme, croyances…).

Gayviking : Quel avenir aura ce film maintenant ?

Doltin Baveux : Le but est de faire d’autre projections débat avec des intervenants spécialisés, puis de poster le film sur internet.
Deux autres films sur le thème de la discrimination sont en cours de préparation et seront terminés début 2021.

En savoir plus sur Archimède Films : leur site web

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