Alerte à l’hépatite A sur Rouen : les autorités sanitaires demandent aux gays de se faire vacciner

L’Autorité Régionale de Santé en Normandie, lance une alerte à l’hépatite A au sein de la communauté gay sur Rouen et ses environs.
Depuis décembre 2016 les cas d’hépatite A se sont multipliés de façon inquiétante dans la région et notamment auprès des jeunes. Face à cette situation inquiétante, les autorités sanitaires ont décidé de lancer une grande campagne de vaccination gratuite des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes sur Rouen du 22 mars au 28 avril 2017.
hépatite A
Photo : Alain Grillet – Sanofi Pasteur
Une souche très particulière sur Rouen. Selon l’ARS* : « Plusieurs pays européens (Allemagne, Angleterre, Pays-Bas) présentent de façon concomitante des cas groupés semblables dont certains avec la même souche que celle identifiée sur Rouen et son agglomération. Au total, selon l’ECDC, 13 pays européens seraient touchés par ce phénomène depuis février 2016.aurait été observé à Amsterdam puis Berlin et serait revenu sur la métropole Rouennaise. »

Hépatite A ?

L’hépatite A est une maladie du foie et la vaccination est le moyen le plus efficace de prévenir l’infection. On l’oublie souvent mais la contamination est aussi par voie sexuelle et pas seulement alimentaire. La transmission du virus de l’hépatite A, présent dans les selles, peut survenir lors de rapports sexuels. Entre hommes, la pratique de l’anulingus est une porte d’entrée idéale. La contamination peut également se réaliser via une personne infectée qui ne se lave pas les mains après être allé aux toilettes et contamine les autres personnes.
L’hépatite A est assez fréquente chez les enfants (70%) puis rare chez l’adulte mais plus sévère. Les symptômes sont la fièvre, la fatigue, des nausées, des diarrhées, une perte d’appétit, et des douleurs musculaires. On peut aussi observer une coloration jaunâtre de la peau (« jaunisse »). La période d’incubation peut aller jusqu’à 8 semaines.

Interview Docteur Stéphane Erouart

Rencontre avec le Docteur Stéphane Erouart, médecin inspecteur de santé publique à l’Agence Régionale de Santé (ARS) de Normandie qui nous explique ce dispositif exceptionnel sur la métropole rouennaise :

Gayviking : Quelle est la situation pour que vous lanciez cette alerte au sein de la communauté gay ?
Docteur Stéphane Erouart :Depuis fin décembre 2016, un nombre anormalement élevé de cas d’hépatite A ont été signalés à l’ARS* de Normandie, une vingtaine de cas à ce jour, ce qu’on voit habituellement en un an sur toute la région. Il s’agit d’une maladie à déclaration obligatoire de la part des professionnels de santé. En effet, on peut vacciner l’entourage proche des malades pour lui éviter de développer la maladie s’il est vacciné rapidement. L’ARS prend alors en charge le vaccin.
L’étude de ces cas par la Cire Normandie (Cellules d’intervention en région) a montré que les personnes concernées étaient des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes et qu’ils résidaient dans l’agglomération rouennaise. S’agissant d’une épidémie localisée géographiquement et concernant une communauté précise, l’ARS a proposé une campagne de vaccination ponctuelle pour arrêter cette épidémie. Par le passé, des campagnes de ce type ont été réalisées avec succès dans des collectivités de gens du voyage par exemple ou dans des établissements scolaires.
Pourquoi ne pas étendre cette action aux régions voisines (Paris, Haut-de-France, Bretagne…), on sait que les personnes se déplacent… ?
L’hépatite A circule effectivement dans plusieurs régions de France, mais à Rouen nous observons une concentration particulièrement élevée de cas, ce qui justifie une action spécifique en plus des recommandations habituelles. Ceci dit, l’ARS des Hauts-de-France qui observe récemment une augmentation des cas d’hépatite A se pose elle-aussi la question d’une campagne spécifique et pourrait être amenée à la réaliser prochainement.

Arrêt de travail, hospitalisation… greffe du foie…

On peut lire ou entendre qu’une hépatite A se guérit toute seule… Dans la situation que vous observez, qu’est-ce-qu’il y a de différent, est-ce un virus résistant, une souche plus dangereuse ?
L’infection aiguë par le virus de l’hépatite A est rarement grave et guérit spontanément dans la plupart des cas. Le virus responsable de l’épidémie sur Rouen ne présente aucune particularité quant à la maladie, il s’agit simplement d’une souche de virus qu’on retrouve plus particulièrement chez les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Cependant, les adultes supportent assez mal cette infection qui provoque généralement beaucoup de fatigue, nécessite un arrêt de travail de plusieurs semaines voire une hospitalisation le temps de se remettre. Par ailleurs, dans certains cas exceptionnels, le patient développe une hépatite fulminante qui doit être traitée par une greffe de foie. Tout cela peut être facilement évité par une vaccination efficace et sans effet secondaire, hormis bien sûr la douleur provoquée par l’injection elle-même.
Si un individu a déjà été exposé à l’hépatite A, doit-il se faire vacciner ?
La maladie est immunisante, il n’est pas utile de se faire vacciner quand on a déjà fait une hépatite A. Dans le doute, vous pouvez demander conseil à votre médecin.
Comment va se dérouler cette vaccination de l’hépatite A ?
Il y aura trois types de séances de vaccination proposées pendant un mois (en avril) aux personnes qui souhaitent se faire vacciner. Ces séances sont toutes sans rendez-vous et gratuites, y compris le vaccin :
· des séances de vaccination dans les Cegidd (centres de dépistage) et centres médico-sociaux de l’agglomération rouennaise. Des horaires décalés seront proposés le midi et en soirée ;
· des séances de vaccination dans les locaux de l’association Aides ;
· deux séances de vaccination dans un camion de l’association Aides placé devant le sauna Le Rive Droite à Rouen.
Les lieux, jours et horaires de ces séances sont communiqués par les associations Aides et Enipse via des flyers, Internet et Facebook. Je remercie d’ailleurs Aides et Enipse pour leur contribution essentielle à l’organisation de cette campagne.
Des médecins et des infirmiers des Cegidd et du Conseil départemental 76 accueilleront les personnes qui souhaitent se faire vacciner lors de ces séances. Pour faciliter la consultation, vous pouvez amener votre carnet de vaccination. Les informations que vous échangerez avec les soignants sont confidentielles et ne seront pas transmises à l’ARS. Afin d’évaluer la campagne, il vous sera proposé un questionnaire anonyme que vous pourrez renseigner et qui sera transmis aux épidémiologistes de Santé publique France chargé de cette évaluation. Une fois vacciné avec une dose de vaccin, il vous sera recommandé de faire un rappel dans six mois à un an.
(liste des lieux de vaccination sur cette opération : voir plus bas)

Le virus toujours présent après l’épidémie

Au-delà de la vaccination, recommanderiez-vous aux personnes à risques, et pendant quelques temps, de ne pas pratiquer l’anulingus » ?
Je ne peux pas recommander de ne pas pratiquer l’anulingus pendant un certain temps pour éviter l’hépatite A. Le risque de transmission est certes plus élevé en ce moment du fait de l’épidémie, mais il ne disparaitra pas une fois l’épidémie contrôlée. Je préfère que les personnes en aient conscience et fassent leur choix en fonction de leur situation et de leur relation avec leurs partenaires. Le plus simple reste de se faire vacciner pour être protégé. Le vaccin est en outre recommandé pour les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes en dehors de tout contexte épidémique.
Peut-on guérir de l’hépatite A… ? le plus souvent d’origine alimentaire, on peut entendre parfois le discours, même de la part de médecins généralistes « ça va passer… », est-ce dangereux ?
La grande majorité des personnes qui développent une infection par le virus de l’hépatite A guérissent spontanément. Dans de très rares cas, l’infection provoque une hépatite fulminante et il faut procéder à une greffe de foie pour sauver le patient. Les enfants supportent généralement très bien la maladie qui peut passer inaperçue chez eux. Les adultes développent des formes plus symptomatiques (avec le fameux ictère qui colore le patient en jaune) même si certains adultes n’ont quasiment aucun signe. Mais en général la maladie chez l’adulte est fatigante et nécessite plusieurs semaines de repos.
La transmission du virus se fait par l’eau ou de manière générale par un environnement contaminé. C’est par la bouche que le virus infecte l’hôte, c’est pourquoi on insiste particulièrement sur le rôle des aliments dans la transmission du virus en population générale. L’environnement est contaminé par les selles des patients car le virus est excrété par le tube digestif. C’est pourquoi dans les pays où l’hygiène est bonne et où le cycle de l’eau est bien contrôlé (comme en France), la maladie est rare. Autour d’un malade, il est recommandé de renforcer l’hygiène notamment des sanitaires et de bien se laver les mains avant toute prise alimentaire.
Cette opération est-elle une première en France sur un territoire et une population aussi ciblée ? Est-ce une nouvelle méthode d’action du Ministère de la Santé et ce type d’action est-il destiné à se renouveler dans d’autres régions ?
Il y a déjà eu des campagnes de vaccination ciblées contre l’hépatite A à l’échelon local en France, notamment chez les gens du voyage. La seule particularité ici est que la campagne cible les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes. Les ARS utilisent régulièrement leurs moyens pour vacciner autour de certains cas d’infection qui leur sont signalés : infections à méningocoque, rougeole, hépatite A, coqueluche… Si l’action est justifiée du point de vue de la santé publique, en accord avec le ministère de la santé, les ARS et leurs partenaires mettent en œuvre des campagnes de vaccination d’ampleur variable, de quelques vaccins à plusieurs milliers. Quand la situation dépasse les moyens et limites d’une région, c’est le ministère qui prend la main jusqu’à la réalisation d’actions nationales.
Ce qu’on peut retenir ici, c’est que le vaccin n’est pas seulement un moyen de prévention efficace en routine, c’est aussi une arme très utile à chaud contre certaines épidémies et dont les ARS font régulièrement usage.
D’autres informations à connaître… ?
Le vaccin est efficace au bout de deux semaines seulement après la première injection. Par ailleurs, le virus met plusieurs semaines après l’infection avant de provoquer des signes (jusqu’à 8 semaines d’incubation).
Il peut arriver qu’une personne se vaccine puis déclare la maladie quelques jours après la vaccination. Cela ne veut pas dire que le vaccin n’était pas efficace ni qu’il a provoqué la maladie, cela veut simplement dire que la personne qui s’est fait vacciner était déjà contaminée, en incubation, et que le vaccin n’a pas eu le temps de la protéger avant l’apparition des signes.

(téléchargez le dépliant ARS sur la campagne de vaccination)

Où se faire vacciner ?

(Dans la mesure du possible, apportez votre carnet de vaccination)
Centre médico-social CMS de ROUEN –  13, rue des Charrettes – 76000 ROUEN
Jeudi 30 mars 12h30-14h
Jeudi 6 avril 12h30-14h
Jeudi 20 avril 12h30-14h
Jeudi 27 avril 12h30-14h
CMS SOTTEVILLE – 1 bis, rue Léon Salva – 76300 SOTTEVILLE-LES-ROUEN
Mercredi 5 avril 17h-19h
Mercredi 12 17h-19h
Mercredi 20 16h30-18h
CMS GRAND-COURONNE – 1, a venue de la Reine Mathilde – 76530 GRAND-COURONNE
Mardi 18 avril 16h45-18h15
CMS OISSEL – 16, rue Emile Zola – 76350 OISSEL
Jeudi 13 avril 16h45-18h15
Centre gratuit d’information de dépistage et de diagnostic des infections sexuellement transmissibles, du VIH et des hépatites virales (CeGIDD) CeGIDD au sein du CMS
13, rue des Charrettes – 76000 ROUEN (téléphoner au 02.35.07.33.33 pour vous assurer de la consultation)
Lundi 14h-16h30
Mardi 10h-13h30 / 16h-18h30
Mercredi 14h-16h30
Vendredi 9h-12h / 14h-16h30
CeGIDD CHU de ROUEN – 1, rue de Germont – 76000 ROUEN
Téléphoner au 02 32 88 80 40
Lundi-mercredi-jeudi-vendredi du 22 mars au 28 avril 9h-17h (sauf le jeudi 6 avril de 17h à 20h)
CeGIDD Hôpital St Julien – LE PETIT-QUEVILLY – Rue Guillaume Lecointe – 76140 LE PETIT-QUEVILLY
Tous les mardis du 21 mars au 25 avril 9h-17h
Sauna Rive Droite – AMFREVILLE-LA-MIVOIE – 12h-14h :
Vaccination organisée par les associations AIDES et ENIPSE
Camion Association AIDES sur le parking du sauna – 177, route de Paris – 76920 AMFREVILLE-LA-MIVOIE
Vendredi 31 mars 20h-22h
Lundi 10 avril 12h-14h
Au local de l’association AIDES – 23, rue du Fardeau – 76000 ROUEN
Mardi 28 mars 18h-20h
Mardi 11 avril 12h-14h
Mardi 25 avril
*ARS : Sous l’autorité du Ministère de la Santé, l’’Agence Régionale de Santé de Normandie est chargée du pilotage et de la mise en œuvre de la politique de santé en région (prévention, veille sanitaire, organisation des soins,…).

Liens utiles…

hepatites-info-service (lien externe)
vaccination info service (lien externe)
ARS Normandie – Agence Régionale de Santé (lien externe)
Association Aides (lien externe)
Association Enipse (lien externe)

(photos :Sanofi-Pasteur Flickr – et flyer de l’ARS )

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