Sous la plume de la journaliste Lucie Feuillolay, le quotidien Ouest-France nous donne à voir la réalité des personnes exilées LGBT+ accueillies à Caen, entre récits de survie, violence institutionnelle et accompagnement associatif. Ces témoignages, rapportés par le journal régional, éclairent un sujet qui nous concerne directement, en tant que média LGBT+ normand.
« J’avais tout le monde contre moi »
Dans un premier article, Ouest-France rapporte le témoignage d’Alpha Barrie, réfugié sierra-léonais installé à Caen depuis trois ans. Il y raconte plus de dix années passées à se cacher dans un pays où « l’homosexualité est passible de la prison à vie ». « C’est très dangereux d’être gay. (…) Nous risquons de nous faire tuer par les habitants », explique-t-il au journal.

Comme le rapporte Ouest-France, Alpha Barrie découvre son homosexualité à l’adolescence, mais apprend très vite à la dissimuler. Sous la pression sociale et familiale, il est contraint d’épouser une femme. Tout bascule lorsqu’il est surpris avec son compagnon en juillet 2021. « Pour ma famille, c’était une abomination. Je suis devenu la honte de la famille », confie-t-il à la journaliste. Son père, imam prêchant contre l’homosexualité, meurt le lendemain « sous le choc », selon son témoignage relayé par Ouest-France. Face aux menaces, il fuit précipitamment son pays. Son retour sur le continent africain s’avère impossible : « récemment, ma sœur m’a contacté pour me dire que ma communauté s’était réunie. Elle a décidé officiellement que, si je revenais, ils me tueraient.»
Un contexte de criminalisation massive
Ce récit s’inscrit dans un contexte plus large, rappelé par de nombreuses organisations internationales. En Afrique, 31 pays sur 51 pénalisent l’homosexualité et 12 pays ont adopté de nouvelles lois pour cibler et discriminer les personnes LGBT selon Amnesty International.

Dans ces pays, les personnes LGBT+ subissent rejets familiaux, violences physiques et sexuelles, enfermements religieux et persécutions sociales. Lorsque leur orientation sexuelle ou leur identité de genre est révélée, leurs vies volent en éclat. Pour beaucoup, l’exil devient la seule issue.
À Caen, un refuge fragile
Dans un second article, Ouest-France donne la parole à Yann Natu, membre fondateur et salarié du Centre LGBTI de Normandie. La structure accompagne « près de quatre-vingts personnes exilées LGBT+ », principalement originaires d’Afrique de l’Ouest, d’Afrique centrale et d’Europe de l’Est. « Elles sont parties de chez elles les mains dans les poches », explique-t-il au journal.
Comme le rapporte Ouest-France, la mission du centre est double : « rompre l’isolement » et accompagner les personnes dans leurs démarches de demande d’asile, notamment la préparation des entretiens avec l’OFPRA ou les recours devant la Cour nationale du droit d’asile.
Une procédure décrite comme « longue et sinueuse », qui oblige les exilé·es à mettre en mots une intimité longtemps cachée.

Le droit fondamental de vivre sans se cacher
À travers ces articles, Ouest-France met en lumière une réalité trop souvent invisibilisée : demander l’asile en tant que personne LGBT+, ce n’est pas chercher un privilège, mais le droit fondamental de vivre sans se cacher. Ces récits rappellent que l’accueil des exilé·es LGBT+ est un enjeu local, politique et profondément humain.
+pour aller plus loin
- Au-delà de Caen, l’association Fiertés Colorées à Rouen vient également en aide aux exilés LGBT+
- Plus d’infos sur le Centre LGBTI de Normandie de Caen
- L’Ardhis (Association pour la reconnaissance des droits des personnes homosexuelles et trans à l’immigration et au séjour)
- Podcast de France Culture : « Le douloureux parcours des demandeurs d’asile LGBT » (58 minutes)
- Le Centre LGBTI de Normandie de Caen recherche également des bénévoles pour aider les exilés LGBT+. Il n’y pas de profil particulier, ni connaître le droit d’asile, seulement savoir parler anglais. Contact Centre LGBTI de Normandie.
