Romain Berger, un photographe queer autodidacte

Il a 33 ans, il est photographe. Originaire de Normandie, il habite aujourd’hui en Bretagne à Rennes. Son nom : Romain Berger. Et son travail photographique est savoureux. Issu d’une formation en cinéma, il découvre la photographie en 2013. Totalement autodidacte, ses clichés mélangent constamment l’univers cinématographique et la mode.

Romain Berger, photographe
(Credit photo : Romain Berger, « epilogue », 2019)

Le travail de Romain Berger se veut ouvert, coloré, kitch et décalé. Artiste ouvertement gay, il veut donner de la visibilité aux minorités tout en racontant des histoires fortes. La critique sociale n’est jamais loin dans ses créations.

Rencontre avec Romain Berger…

Gayviking : Lorsque vous avez pris contact avec nous, vous vous êtes définis comme « queer breton ». Pouvez-vous nous l’expliquer ?

Le photographe queer
Romain Berger

Romain Berger : Je suis queer mais je ne suis pas Breton. Je vis en Bretagne depuis 6 ans mais je me suis senti tout de suite adopté par cette région, d’autant plus après 4 ans à Paris.

J’emploie régulièrement le mot queer pour me définir. Je ne suis pas uniquement gay. Pour moi queer regroupe l’ensemble des minorités que je veux représenter dans mes images. De plus, dans notre société, savoir se démarquer et interpeller, c’est important pour se faire entendre et remarquer. En me définissant artiste queer Breton, c’est une façon de sortir du lot. Etre artiste en Bretagne n’est pas original, nous sommes nombreux, en revanche, être un artiste et faire de l’art queer en Bretagne, c’est quelque chose que l’on entend peu.

Gayviking : Vous avez aussi dit que vous aimiez choquer et faire bouger les choses à votre niveau. Vos photos sont-elles des messages militants ?

Romain Berger : Alors ma phrase exacte était  » je pense que l’art doit surprendre, étonner, choquer mais aussi exciter «  et non pas que j’aime choquer. Je ne construis d’ailleurs pas mes créations avec cette idée.

femme boit
(Credit photo : Romain Berger, « Miss Vodka », 2018)

Cependant, je pense effectivement que lorsqu’une oeuvre choque et surprend, positivement ou négativement, elle devient tout de suite plus intéressante. Cela veut dire qu’elle amène le spectateur à se poser des questions, à réfléchir sur son sens ou à se demander pourquoi on se trouve déranger devant cette image en particulier.

Je ne dirais pas que mes photos ont des messages militants, mais elles sont le reflet de notre société. Il y a une critique derrière plusieurs de mes créations, un message qui, je l’espère, puisse faire réagir ou changer la mentalité de certaine personne. Malheureusement, lorsque nous avons une opinion forte, c’est difficile de croire qu’une création, aussi belle soit-elle, puisse avoir un réel impact.
Je veux faire bouger les mentalités, c’est sûr, mais sans avoir la prétention de dire que je suis militant.

Queer Breton
(Credit photo : Romain Berger, « Peace and Gwenn », 2018)

Gayviking : Il y a souvent un côté mélancolique ou dramatique dans vos photos… ?

Romain Berger : C’est exact, ce côté est très présent. Pourtant, je suis quelqu’un de très positif dans la vie, mais en image, j’aime donner ce type d’expression à mes modèles. J’aime aussi l’écart qu’il puisse y avoir entre les couleurs très vives, le décor kitch et le personnage qui semble porter le poids du monde sur ses épaules.

Il ne faut pas oublier que je vois ces personnages comme des combattants, des gens qui cherchent à sortir du lot dans une société encore très homophobe et critique. Même en étant dans un monde rose bonbon, la mélancolie intérieure reste présente. Souvent les gens en première lecture voient un univers très joyeux, baigné de néons. Ensuite, en regardant un peu plus, ils comprennent le message, la critique et y voient en effet le côté mélancolique. Joie et tristesse se mélangent, comme dans la vie, car après tout, le monde n’est jamais tout noir ou tout blanc.

miroir hommes gay
(Credit photo : Romain Berger, « Inside », 2020)

Gayviking : Vous avez fait des études de cinéma à Caen en Normandie. On a l’impression que vous avez du mal à décrocher du cinéma… ?

Romain Berger : J’ai du mal à décrocher du cinéma et surtout je ne compte pas décrocher. Le cinéma c’est une base pour toutes mes photos. Il y en a quelques unes qui sont purement esthétiques, mais la plupart sont comme des screenshots de film. Je crois vraiment que ça coule dans mon sang et même si je voulais faire différemment je n’y arriverais pas.

Une photo est un film et je construis tous mes projets comme lorsque je réalise un projet cinématographique. D’ailleurs, après plus de six ans sans réaliser, je travaille en parallèle sur une web-série que j’espère pouvoir réaliser d’ici un an. La vie à Rennes dans les années 80 sur fond des débuts du SIDA.

tableau lit
(Credit photo : Romain Berger, « drink, smoke and livre alone », 2018)

Gayviking : Le jeu des couleurs et les visages de vos personnages nous font parfois penser aux oeuvres de Pierre&Gilles. On vous l’a déjà dit ?

Romain Berger : Oui on me le dit très souvent. Dès le début on m’a comparé à Pierre & Gilles et ça devenait presque comme normal de devoir dire qu’ils étaient une grande inspiration pour moi. Seulement, je n’ai connu leur travail que très tard et le photographe qui m’a réellement inspiré est plutôt David Lachapelle.

Niveau couleur, il peut y avoir des similitudes à Pierre et Gilles, bien que je sois plus sombre qu’eux. Cependant, niveau mise en scène, je me sens plus proche de David Lachapelle. Lorsque j’ai réalisé mes premières créations je pensais uniquement à Lachapelle, ses décors, ses couleurs, son extravagance.

En France les artistes gay et pratiquant de la photographie très colorée ne sont pas nombreux, c’est donc naturel, je pense, de me comparer directement à Pierre & Gilles car ce sont ceux que l’on connait le plus ici.

homme marin gay
(Credit photo : Romain Berger, « Poséïdon », 2020)

Gayviking : Vos scènes sont très complexes et travaillées. Quelle est la durée de réalisation d’une scène, d’une photo ?

Romain Berger : Pour réaliser une photo de A à Z, il me faut 2/3 semaines, parfois plus. Le temps que l’idée arrive au cerveau, que je dessine un croquis de la photo et qu’ensuite je me charge de trouver les éléments du décor, le modèle parfait pour cette création. La veille du jour J, c’est le montage du décor. Le plus long que j’ai eu à réaliser m’a pris 20h. Quand au jour J, c’est le moment qui dure le moins longtemps. En général, une fois les modèles briefés, le maquillage terminé et les tenues, lorsqu’il y en a, enfilées, on finit par un peu d’huile sur le corps et on débute la séance. En maximum 1h30 j’ai LE cliché.

marin en slip
(Credit photo : Romain Berger, « le marin », 2019)

Gayviking : Comment recrutez-vous vos modèles, sont-ils tous bretons et réalisez-vous vos shooting photos en Bretagne ?

Romain Berger : Au tout début, ce sont mes amis qui posaient pour moi. Ils étaient supers et acceptaient tous les projets fous que je leur proposais. Ensuite, avec quelques articles dans des magazines, quelques expositions et les réseaux sociaux, j’ai commencé à trouver des modèles plus facilement. La plupart d’entre eux viennent d’Instagram, c’est une agence de mannequins incroyable.

Pour l’instant, je réalise en effet mes shooting en Bretagne, à Rennes. Tout est aménagé chez moi pour pouvoir construire mes décors, c’est devenu un véritable atelier où je reçois mes clients. Je pratique régulièrement des shootings artistiques pour des particuliers qui viennent d’un peu partout en France pour vivre cette expérience. Si je devais réaliser un shooting artistique pour une marque par exemple, ce que j’aimerais beaucoup, je pourrais tout à fait shooter en dehors de Rennes si c’est nécessaire.

cuisine tout nu
(Credit photo : Romain Berger, « master chef », 2020)

Gayviking : Avez-vous déjà imaginé des scènes sur la période difficile que nous traversons, la Covid. Cela vous inspire ou pas ?

Romain Berger : Honnêtement, pas du tout. De nombreux photographes l’ont fait, plusieurs l’ont très bien fait, cependant, je ne suis pas du tout inspiré par ce sujet. On entend déjà tellement parler dans les médias, que j’aime l’idée d’apporter autre chose aux spectateur, un peu d’évasion pourquoi pas.

Gayviking : Quels sont vos rapports avec les réseaux sociaux et notamment Instagram où la photo est reine… Sont-ils des atouts pour les artistes photographes ou une concurrence ?

Romain Berger : J’ai des rapports assez ambivalents. J’aime les réseaux sociaux autant que je les détestes. Ils m’apportent des choses formidables. 90% de mes clients et 100% de mes ventes de tirages viennent du public d’Instagram. C’est donc grâce aux réseaux sociaux que je peux vivre de mon travail.

homme dans les nuages
(Credit photo : Romain Berger, « bubbleman »)

La face moins sympathique, c’est que l’art est trop souvent censuré sur Instagram. J’en fait régulièrement les frais. Devoir se brider, s’auto-censurer lorsque l’on post une photo, n’est pas quelque chose de normal à mon sens. L’art doit-être libre. J’ai donc souvent eu des menaces de la part des réseaux sociaux, me menaçant de supprimer mon compte si je recommençais à diffuser des créations qu’ils jugent contraire à la morale. Dernièrement, des poils pubiens sur une de mes réalisations a été l’excuse pour me supprimer la photo et restreindre mon compte pendant 24h. Si Mapplethorpe avait vécu à notre époque, je pense qu’il n’aurait jamais eu la carrière qu’il a eu. Aujourd’hui ce sont les réseaux sociaux qui aident un artiste à se faire connaitre alors plus ils censurent plus ils détruisent l’art et ceux qui le font.

Gayviking : Votre travail a du succès. On vous lit dans plusieurs magazines en France et à l’étranger. C’est une belle reconnaissance. A quand une exposition et quels sont vos futurs projets ?

Romain Berger : Oui, depuis Janvier, c’est assez incroyable ce qu’il se passe. Ça rassure aussi beaucoup sur la grande question que se posent tous les artistes « pourquoi est ce que je fais ça ? » je commence enfin à comprendre pourquoi. Les retours sont très positifs. J’ai même obtenu en Février la seconde place au titre du meilleur photographe gay 2021.

photographe gay de l'année
(Credit photo : Romain Berger, « Dionysos », 2020)

Ce qui reste assez étonnant, sans vraiment l’être, c’est qu’actuellement, j’ai plus de succès en Allemagne, plus de publication dans leurs magazines que ici en France. Je pense donc de plus en plus à peut-être partir vivre à Berlin d’ici un an. Plusieurs rédacteurs Allemands m’encouragent à venir, persuadé que le succès sera encore plus au rendez-vous une fois sur place.

Mais pour le moment il faut penser au présent, et pour les expositions, c’est compliqué actuellement avec la situation. Ces dernières années nombreuses sont les galeries qui m’ont refusées car elles trouvaient mon travail trop vulgaire.

prostitué gay
(Credit photo : Romain Berger, « rue sainte denise », 2019)

Dernièrement, j’ai eu un retour d’une galerie de Paris pour potentiellement envisager une exposition dans quelques mois. Quand au reste des projets, il y a une interview pour Toronto qui va prochainement sortir et une autre pour l’Allemagne encore. Je dois également prochainement réaliser un gros shoot pour un chanteur qui sort son premier album et qui m’a demandé de réaliser ses visuels, c’est donc un gros et chouette projet.

Gayviking : Si un lecteur souhaite acquérir une ou plusieurs photos, est-ce possible ?

Romain Berger : Bien-sûr, c’est tout à fait possible. Il suffit d’aller directement sur mon site web www.romainberger-photography.com . J’ai une boutique en ligne où vous pouvez acquérir un tirage. Ils sont tous en édition limitée à 5 exemplaires, signés et avec certificat d’authenticité.

garçon gay dans un hôtel
(Credit photo : Romain Berger, « sex at the motel », 2020)

Gayviking : Une dernier mot à ajouter pour conclure ?

Tout d’abord merci, en ces temps un peu sombre je prends un plaisir fou à répondre aux interviews. Prenez tous soin de vous et si vous voulez me suivre, je suis très actif sur instagram, donc n’hésitez pas à m’ajouter (@romainb_photos).

homme gay echerche l'amour
(Credit photo : Romain Berger, « young king waits for love »)

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