À Caen, le Centre LGBTI forme une nouvelle génération de bénévoles

Le Centre LGBTI de Normandie organise régulièrement des formations destinées aux bénévoles et aux personnes souhaitant s’engager dans l’association. Le temps d’une journée, ces sessions permettent de découvrir le fonctionnement du Centre, ses valeurs et les bases de l’accueil auprès du public. À travers cette initiative, l’association souhaite aussi encourager de nouveaux engagements au sein de la Communauté.

ensemble queer
(photo illustration Canva)

Le bénévolat accessible

Le Centre LGBTI de Normandie nous en dit plus sur cette formation et sur l’importance du bénévolat dans ses actions. Rencontre avec Éliot Sévricourt, psychologue et formateur au Centre LGBTI de Normandie à Caen.

Pas besoin d’être expert ni militant aguerri pour franchir la porte. Avec sa journée de formation, le Centre LGBTI de Normandie veut rendre le bénévolat accessible à toutes et tous, dans un cadre rassurant, collectif et profondément humain.

Une formation née du terrain

Ici, pas de programme pensé en vase clos. La formation est née d’un besoin concret, exprimé directement par celles et ceux qui font vivre l’association.

« Elle a tout simplement émergé des bénévoles eux-mêmes », explique Éliot Sévricourt. Pendant longtemps, l’apprentissage se faisait de manière informelle. « On se formait sur le tas, entre nous. »

Un fonctionnement qui avait ses vertus, mais aussi ses limites : « Ça pouvait être très intimidant. » Progressivement, une demande claire s’est faite entendre : celle d’un socle commun pour démarrer plus sereinement. « De plus en plus de personnes avaient besoin d’une base pour commencer à s’investir. »

Centre LGBTI de Normandie
(local du Centre LGBTIde Normandie à Caen – 204 rue d’Auge)

La formation s’est donc construite à partir de ces attentes, au plus près du terrain.

Ouverte à toutes les curiosités

C’est l’un des points forts de cette journée : elle ne s’adresse pas uniquement aux personnes déjà engagées.

« Elle est ouverte à toutes les personnes intéressées, même simplement curieuses », insiste Éliot Sévricourt. Pour certaines, c’est même une première rencontre avec l’association. « Il n’y a aucune condition préalable. Tout est pensé pour les personnes qui découvrent. »

Un choix important pour lever les freins et rendre l’engagement plus accessible.

Un fonctionnement qui casse les codes

Au Centre LGBTI de Normandie, l’engagement ne passe pas par une hiérarchie classique.

« Nous fonctionnons en autogestion depuis 2017 », explique Éliot Sévricourt. Pas de président, mais un modèle collectif où les décisions se prennent au plus près des actions locales.

Ici, les bénévoles ne sont pas de simples exécutants. « On attend des personnes qui prennent part à la construction des actions, qui les font évoluer, qui proposent. »

Groupe militants LGBT+
(illustration – groupe LGBT+ – photo canva)

Autre valeur centrale : l’accueil inconditionnel. « Les personnes LGBTI+ sont très diverses. Il faut être prêt à accueillir des gens avec qui on n’a pas d’affinités, voire des désaccords. » Une ouverture essentielle, mais encadrée : « Tous les comportements, eux, ne sont pas acceptés. »

Accueillir sans tout porter

C’est souvent ce qui inquiète le plus : être confronté à des situations difficiles.

La formation aborde ces réalités de front. « On prend le temps de passer en revue les situations qui peuvent impressionner », explique Éliot Sévricourt.

Mais surtout, elle change de perspective : « Il ne s’agit pas de tout savoir ni de résoudre tous les problèmes. Ce qui compte, c’est d’offrir une écoute sincère. »

L’accueil se fait toujours à deux, pour ne pas rester seul face aux situations. Et les bénévoles repartent avec des outils concrets pour écouter, orienter et accompagner comme le Guides des Bénévoles.

Un rappel important vient aussi rassurer : « En 18 ans d’existence, nous n’avons jamais été pris à partie dans nos locaux. L’écrasante majorité des accueils se passe très bien. »

Des engagements variés… et indispensables

Derrière cette formation, il y a aussi une réalité : le besoin constant de nouvelles forces.

Certaines missions restent particulièrement en tension. C’est le cas de l’accompagnement des demandeurs d’asile LGBTI+. « C’est une mission essentielle, mais qui a des contraintes et qui peut impressionner », reconnaît Éliot Sévricourt.

Horaires en journée, nécessité de parler anglais, situations parfois lourdes… autant d’éléments qui peuvent freiner. Pour y répondre, l’association s’adapte : « Nous travaillons actuellement sur un livret spécifique pour mieux outiller les bénévoles. »

formation bénévole à Caen
(illustration Canva)

Mais les besoins ne s’arrêtent pas là. D’autres missions, plus discrètes, sont tout aussi cruciales : gestion des mails, suivi administratif, logistique, trésorerie… « Aujourd’hui, ces tâches reposent sur un nombre très réduit de personnes. »

Un déséquilibre qui peut peser sur le fonctionnement quotidien. D’où un message clair : toutes les formes d’engagement sont utiles. « Pour celles et ceux qui ont du temps mais préfèrent s’investir depuis chez eux, il y a aussi beaucoup à faire. »

Un engagement qui fait grandir

S’engager, oui… mais pas forcément tout de suite ni pour toujours. Et c’est aussi ce que défend le Centre.

« La formation n’engage à rien », rappelle Éliot Sévricourt. Elle peut simplement être une première étape, une découverte.

Mais elle laisse rarement indifférent. « On y apprend des choses sur les discriminations, sur l’accueil, sur la manière de construire des actions. » Des compétences qui dépassent largement le cadre associatif. « Ce sont des outils réutilisables dans d’autres contextes, y compris professionnels. »

Et surtout, une certitude : « Il est impossible de venir et de repartir sans rien d’utile. »

Formation bénévoles queer à Caen
(Local du Centre LGBTI de Normandie, 204 rue d’Auge à Caen)

S’engager, à son rythme

Loin des idées reçues, le bénévolat n’est pas un engagement total ou rigide.

« Chacun s’investit selon ses possibilités », insiste Éliot Sévricourt. Pas de pression, pas d’obligation de tout faire.

Cette souplesse permet à davantage de personnes de trouver leur place, quels que soient leur temps, leur énergie ou leur parcours.

La solidarité comme point de départ

Au fond, cette formation raconte une vision de l’engagement.

« S’engager au Centre, c’est faire un geste de solidarité », résume Éliot Sévricourt.

Une solidarité envers les personnes accueillies, souvent confrontées à des discriminations ou à des parcours difficiles. Mais aussi une solidarité interne, entre bénévoles et salariés.

« C’est aussi s’inscrire dans un collectif », ajoute-t-il.

Une chose est claire au Centre LGBTI de Normandie : ici, on ne s’engage pas seul.

+pour aller plus loin

Cette formation vous intéresse, pour connaître le Centre LGBTI de Normandie ou vous engager, contacter Éliot Sévricourt : eliot@centrelgbt-normandie.fr
Site internet du Centre LGBTI de Normandie

L’association a mis en place un maillage de solidarité sur la Région. Outre son antenne historique à Caen, elle est présente aussi dans la Manche (2 antennes à Cherbourg et St Lô) et dans l’Eure (2 antennes à Bernay et Evreux). Toutes les infos sur le Centre sur Gayviking.

 

 

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