Se rassembler pour exister. Voici l’un des objectifs du collectif Qoeur, né sur le réseau social Instagram l’été dernier. Ce groupe queer, antiraciste et autonome est basé à Rouen. Suivi par 160 personnes, ce groupe est animé et est à destination des personnes queer racisées et/ou musulmanes.
L’idée vient de Soumiya et de ses deux sœurs : créer un groupe pour partager son vécu en tant que personne queer musulmane et/ou racisée à Rouen. Le collectif Qoeur a officiellement émergé en juillet dernier, présent déjà depuis quelques mois sur les réseaux sociaux. “Comme ma sœur et moi on est des femmes musulmanes en hijab, on voit rarement des représentations dans les médias donc on s’est dit que ce groupe serait top pour sensibiliser.”

Depuis, une petite dizaine de membres ont rejoint ce groupe qui compte plus de 160 abonnés sur Instagram. Pour le moment, le collectif se réunit pour échanger entre adhérents et se montre présent lors des événements militants comme la Pride de Rouen, ou le feministival en octobre dernier.
« Ne plus être la minorité »
Ce groupe émane d’un besoin de se retrouver entre personnes queer racisées. “On voulait créer ce collectif pour avoir un espace safe entre nous, ne plus être la minorité”, souffle Soumiya. Cette étudiante en photographie de 21 ans est arrivée à Rouen l’année dernière avec sa sœur, toutes deux originaires du Pas-de-Calais. “On a cherché des collectifs queer et on s’est vite rendu compte que c’était très blanc.” Elle assure avoir été bien accueillie dans les associations rouennaises, mais elle concède : “En étant musulmane, je ne me sens pas représentée dans leur vécu, même s’il y a des similarités, ce n’est pas vraiment pareil. J’en avais marre de devoir m’expliquer sur certaines choses, comme la religion. Oui, je suis queer et musulmane, et que ça n’annule rien du tout. Ce collectif répond à ce besoin de pouvoir être avec des gens qui ont vécu la même expérience, comme ça, on n’a pas besoin de s’expliquer.”

Au sein des membres, c’est un sentiment partagé. À 24 ans, Asa est aussi engagée dans une association féministe à Rouen qui est très inclusive selon elle mais où il n’y a pas beaucoup de personnes Noires. “C’est quand même mieux d’être entourée de personnes qui vont comprendre et avec qui je peux avoir une vraie discussion. Si tu en parles avec des personnes blanches, tu te dis, est-ce que je vais parler dans le vide ? Soit les gens vont dire ‘c’est vrai’ mais ils ne vont rien dire en retour car ils n’ont pas cette expérience-là, soit ils ne vont pas être d’accord et tu vas te retrouver face à un mur à devoir te justifier. Du coup, ces discussions-là ne peuvent pas avancer.”
Accompagner les personnes queer racisées en difficulté
À terme, Soumiya aimerait que le collectif puisse accompagner des personnes queer racisées en difficulté. “On voudrait que ce soit aussi un espace de refuge. Comme on est une minorité, les gens de notre communauté ont souvent des problèmes financiers et il y a des gens qui sont à la rue à cause de qui ils sont. On veut faire en sorte que les personnes queer racisées se sentent bien et qu’elles ne soient pas isolées.”

Marieme, 22 ans, a rejoint le groupe il y a quelques mois. Elle connaît ce sentiment de solitude : “Quand j’échange avec les gens du collectif, je me sens normale, je ne suis pas seule au monde, il y a des gens comme moi et c’est important. Quand on a toujours l’impression d’être l’exception, ce n’est pas agréable. C’est un sentiment que j’ai régulièrement que ce soit dans ma famille, avec mes compatriotes de mon pays d’origine, que ce soit avec les Queer en général que je rencontre qui sont majoritairement des personnes blanches. On ne partage pas les mêmes vécus donc c’est isolant à la longue.” Elle adhère donc aux projets du groupe : “Ce genre de collectif, ça peut sauver des vies.”
La représentation est primordiale pour que les personnes se sentent légitimes dans leurs identités. C’est du moins ce que pense Soumiya, qui partage des films, des livres ou des comptes YouTube sur Instagram de personnes racisées et/ou queer. “En tant que personne voilée, musulmane, queer, je n’ai jamais vu ma représentation dans les films, les séries ou quoi que ce soit. Être queer et musulmane, on l’oppose souvent. On se montre pour que si quelqu’un se sent mal, il puisse se dire, cette personne, elle existe, je peux exister aussi et c’est okay.” Pour se faire connaître, le collectif compte d’ailleurs être présent à la prochaine Pride de Rouen.
Pour aller plus loin
Compte instagram Collectif Qoeur
Contactez le collectif (mail)
