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Paris : prison avec sursis pour Marcel Campion suite à ses injures homophobes

Marcel Campion vient d’être condamné par le tribunal correctionnel de Bobigny à trois mois de prison avec sursis pour diffamation et injures publiques à caractère homophobe. En 2018, en campagne pour les élections municipales, le patriarche des forains avait proféré des insultes homophobes envers Bruno Julliard, alors adjoint à la maire de Paris.

Grande Roue à Paris
(Grande roue à Paris. Photo : NeonJellyfish GettyImages Canva)

Les faits

Des propos condamnés aujourd’hui par la justice. En 2018, le JDD (journal du dimanche) révèle la vidéo d’une réunion publique. On y voit le célèbre forain, Marcel Campion, qualifier les homosexuels de « pervers ». Il s’en prend surtout à l’ancien adjoint de la ville de Paris, Bruno Julliard, gay déclaré.

Il met en cause Bruno Julliard : « Comme il était un peu de la jaquette, il a rencontré Delanoë, ils ont fait leur folie ensemble et paf, il est premier adjoint. Et avec Anne Hidalgo, il est super parce qu’en même temps il lui a amené tous les homos de la terre. C’est à dire que toute la ville maintenant est gouvernée par des homos. »

Et il ajoute : « Moi, j’ai rien contre les homos, d’habitude, je dis les ‘pédés’, mais on m’a dit hier qu’il fallait plus que je dise ça. Donc je ne dis plus les pédés, je dis les homos. J’ai rien contre eux, sauf qu’ils sont un peu pervers. (…) Ceux qui sont là. »

Marcel Campion
(Marcel Campion. Photo : capture écran de la vidéo Journal du Dimanche)

Réactions

À la suite de cette vidéo, les réactions sont rapides. Bruno Julliard, ancien adjoint de la Maire de Paris, Anne Hidalgo, déclare au Parisien : « Je suis consterné (…) il est important de combattre l’homophobie sans relâche. Je ne peux pas laisser passer le fait qu’il ait tenu ses propos lors d’une réunion publique. C’est pourquoi je vais porter plainte. »

De son côté, Marcel Campion conteste, à l’époque, la version des faits, malgré la vidéo.

Sans s’excuser, il déclare en septembre 2018 : « Quand je parle de perversité, c’est son attitude dans les affaires. C’est vrai qu’Anne Hidalgo est entourée de petits marquis. Or la communauté gay, je le constate, s’attaque aux forains. Pour autant, je ne suis pas homophobe. Demandez à Michou, un ami depuis 50 ans. J’étais aussi très proche de Mourousi. Enfin, il y a quelques années, j’ai accueilli la gay Pride à la fête aux Tuileries. »

L’affaire est portée au tribunal… deux ans plus tard.

Sanctions

Lors de son audience le 15 octobre dernier, le tribunal correctionnel condamne Marcel Campion à trois mois de prison avec sursis pour injures homophobes.

Le parquet estime que le prévenu « n’avait pas pris la mesure de ses propos qui, entendus et relayés auprès de certains esprits peuvent conduire à la montée des violences envers tous ceux qui sont différents ».

En effet, le dénigrement et l’homophobie augmentent sensiblement le taux de suicide chez les jeunes homosexuel.les.

bruno Julliard
(Bruno Julliard, capture twitter @BrunoJulliard)

Marcel Campion souhaite faire appel de cette sanction. Il conteste le caractère homophobe de ses propos. Pour lui, il s’agit d’un montage et ce concerne qu’une histoire interne à la Mairie de Paris.

En parallèle de cette condamnation, il écope d’une amende de 3 000 euros. Il devra verser des dommages-intérêts à l’ancien élu Bruno Julliard ainsi qu’à trois associations parties civiles au procès : SOS Homophobie, Mousse et Adheos.

Sur son compte twitter, le principal intéressé, Bruno Julliard, se dit satisfait du jugement. Il s’engage à « reverser la totalité des dommages et intérêts à une association qui lutte contre ce poison qu’est la banalisation de l’homophobie. »

La confusion des genres ?

À 80 ans, Marcel Campion a souvent peaufiné sa communication au sein du milieu LGBT ou avec le mouvement des Gilets Jaunes et même Alexandre Benalla. Les coups médiatiques, il sait faire, même dans le milieu gay.

Certes, il s’est investi dans la lutte contre le sida dans les années 80. En 2019, comme un exutoire à ses propos homophobes, il avait proposé une soirée spéciale à la fête des Tuileries visant à « la lutte contre l’homophobie ». 

À cet égard, le magazine Garçon Magazine, le concurrent du magazine Têtu, réalisera une interview surprenante avec Marcel Campion. Un exercice de style, comme une profession de foi, sans réellement convaincre. Le patriarche des forains réaffirme ne pas être homophobe et avoir « des amis gay« . Quelques mois plus tard, le directeur du magazine sera, à titre personnel, un des candidats aux élections municipales de Paris sur les listes de Marcel Campion.

Les mouvements d’humeurs du forain sont parfois difficiles à suivre. Mais au tribunal, c’est d’un autre niveau. Les faits, rien que les faits. Les propos homophobes ne peuvent être pris avec indulgence. Ils agissent comme des armes de destruction massive.

S’il fait appel de sa condamnation, Marcel Campion aura une nouvelle occasion de convaincre ses juges. Pas certains que la roue tourne dans le bon sens.

(article mis à jour le 21 décembre 2020)

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